Politikon avec un petit "p"
Toutes ces phrases ont été prononcées par la même personne.
.
- “Quand on habite en France, on respecte ses règles. (…) On n’excise pas ses filles, on n’égorge pas le mouton dans son appartement.”
.
- “Aujourd’hui quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit.”
.
- “J’écoute, mais je tiens pas compte.”
.
- “Ce qu’il manque au PS, c’est un directeur des ressources humaines.”
.
- “Respectons-nous les uns les autres, (…) évitons les mots et les attitudes qui blessent.”
Nicolas Sarkozy voulait parler écolo, Nicolas Sarkozy voulait parler aux bobos, Nicolas Sarkozy a parlé à Michel Denisot.
Le président a choisi Canal + et le Grand journal pour parler du Sommet de Copenhague, auquel il se rend demain pour “changer le monde” . Une exclu que Michel Denisot a salué en rosissant d’un “c’est la première fois que vous accordez une interview en tête à tête, merci beaucoup”.
.

Photo d'illustration. Ce soir, c'est Denisot qui avait été convoqué à l'Elysée, avec caméras, mais sans public.
.
Pour le reste, encore un peu de progrès à faire pour le président-écolo-qui-sauve-la-planète (il avoue avoir “changé” vis-à-vis de l’écologie) : Sarko parle d’un objectif d’une hausse des températures “limitée à 2%” (au lieu des 2° prévus par le pré-accord).
Et une idée intéressante aussi : une taxe sur les transactions financières pour aider l’Afrique. Une sorte de taxe Tobin dont il faudrait encore préciser les contours. Taxe Tobin sans doute ardemment défendue par Sarko parce qu’il sait qu’elle n’a aucune chance de voir le jour – pas besoin de savoir lire dans le marc de café équitable pour anticiper le véto américain.
Une petite douceur pour la fin. Interrogé sur les propos de Carla, qui préférerait “en tant qu’épouse” que le grand homme ne se représentât pas, Nicolas Sarkozy a expliqué que ça ne “tenait pas qu’à” lui. En gros, ça ne serait que de lui, d’accord, mais enfin là : que faire de tous ces gens qui réclameront, avec fougue, en se déchirant la chemise et en se roulant par terre, un nouveau mandat ?
Et surtout, Sarkozy a laissé passer un détail intéressant, de manière consciente ou pas : il dira s’il se représente “en 2011″. Si tel était le cas, il se démarquerait de ses deux prédécesseurs : Mitterrand (”on ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment” disait-il) et Jacquot avaient attendu le début de l’année de la présidentielle (1988 et 2002) pour annoncer qu’ils seraient candidats.
Ah ! Quelle joie de retrouver Jacquot, notre Jacquot, ce matin sur Europe 1, invité d’Elkabbach pour faire la pub de ses « mémoires ». Une interview fleuve –pas question des «dix minutes, douche comprise » cette fois-, un Chirac en pleine forme, frais comme un gardon, mais muet comme une carpe. 45 minutes de silence sonore. Pour ne rien dire tout en le disant, il a encore progressé depuis son retrait.

C’est simple, pour mesurer le degré de langue de bois dans les interventions de Jacquot, il suffit de prendre son boulier et de calculer le nombre de « naturellement » prononcés. Plus c’est « naturel », plus c’est creux. Et ce matin, on a sans doute frisé le record mondial.
Sa convocation devant les juges ? « J’irai naturellement moi-même devant le tribunal »
Les emplois dits fictifs ? « Naturellement, ils travaillaient au service des Parisiens ». Et naturellement ceci, et naturellement cela…
A l’autre micro, on perçoit Elkabbach qui bout intérieurement face à ce mutisme : le “Chi” est en train de lui bousiller son exclu !
Du coup, perdu pour perdu, le génial intervieweur va au charbon : « votre première expérience avec les femmes, c’était à la Casbah d’Alger ? ». Et rien à faire, Jacquot, ton posé et voix grave, aligne une réponse incolore, entrecoupé d’un joli… naturellement.
Le seul moment digne d’intérêt, finalement, c’est quand il parle de Giscard. Là, on sent bien que tous les briefings, toutes les fiches, tous les médias-trainings ne peuvent le retenir : il faut qu’il défouraille. « Où était Valéry Giscard d’Estaing pendant que Simone Veil défendait son texte sur l’avortement à l’Assemblée ? » demande le sieur Elkabbach. – En Afrique, sans doute, répond Chirac. Un temps, puis : A la chasse sûrement. »
Instant de grâce dans cette interview sans saveur : Chirac nous épingle son vieil ennemi, faisant son safari au beau milieu des plaines africaines. Mais ne dit pas « naturellement ». C’est bête, c’est le seul endroit de l’émission où ça convenait.
Service après-vente. Nicolas Sakozy va désigner dans les prochains jours Henri Proglio pour devenir le nouveau PDG d’EDF. Par décret.
Le président de la République renie ainsi une promesse de campagne, comme le montre cette vidéo que Zoon Politikon exhume d’une émission politique diffusée le 10 décembre 2006.
.
.
.
Zoon Politikon se met provisoirement en mode été. Et paradoxalement en hibernation.
Ca ne changera pas grand-chose, diront les mauvaises langues. Vivement la rentrée, répondront les mieux lunés ! A bientôt !
… ou “Caste-toi, pôv’ con !”
Depuis quelques jours, avec un plaisir non dissimulé, les conseillers élyséens font monter la sauce et lâchent des noms pour le remaniement. Petite jouissance de la circonstance, qui permet de mobiliser les aspirants, de mettre la pression sur les ministres « en baisse »… et de remplir les pages « indiscrets » des journaux.
Or, si on n’a jamais parlé autant des politiques, on n’a jamais parlé aussi peu de politique.
Certes, ça a un côté sympathique, type PMU et pronostics, chacun voulant montrer qu’il est mieux informé, meilleur devin ou plus chanceux dans ses paris.
Mais, au final, malgré les petites manœuvres et les grosses ficelles, la plupart des ministres nommés ne semblent être là que la déco : parité, « diversité », ouverture.
Le fond politique reste le même : les idées de droite et, surtout, la parole du chef.
D’ailleurs, la composition du G7 de Sarkozy -ses sept ministres dits les “plus politiques”- montrait bien cette arnaque du casting gouvernemental : sur le lot, une seule femme (Nadine Morano…), aucun représentant de cette fameuse diversité, aucune prise à gauche, non !
Seule une cohorte de mâles-hétérosexuels-blancs-quadras-et-quinquas UMP pur sucre. Preuve que quand il s’agit de faire de la politique, de la vraie, le casting est bien vite remplacé par la caste…

Après Edwy Plenel et Frédéric Lefebvre, le Podkast de Zoon Politikon est fier d’accueillir Jean-François Kahn.
..
Le fondateur du journal Marianne, récemment engagé en politique au Modem, revient sur la campagne des européennes et livre son expérience peu commune : du journalisme à la politique.
.
1- JFK à la sortie du ring >
Européennes / Modem “Je savais qu’on allait échouer”
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
.
2- JFK balance >
Où il est question de l’envers du décor
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
.
3- Le festival de Kahn >
Où il est question de médias, d’épiderme et de futur politique
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Propos recueillis à la sortie de l’émission Mots croisés sur France 2.
.
Pour ceux qui l’auraient ratée, la sortie de Jacquot, qui confirme son rang de prix Nobel chez les Sexus politicus…
.
Ouf ! Les européennes sont passées, Rachida Dati quitte le ministère de la Justice et rejoint Strasbourg. Il semblerait que la fin du parcours du combattant soit pour elle l’occasion de relâcher la pression : ces dernières semaines, elle a émis un gracieux « allez vous faire foutre » -avec le sourire, apparemment, et hors antenne – à un journaliste de RTL. Elle a ensuite qualifié certains syndicats de magistrats de « sournois ».
![]()
Et, enfin, si la pression se relâche, il n’en va pas de même pour la rancune. Durant toute la soirée électorale de dimanche, Rachida Dati a sciemment ignoré le journaliste d’Europe 1 Yaël Goosz. Rappelez-vous, c’est lui qui avait diffusé le seul reportage radio sur la « légèreté » de Rachida sur les européennes.
Du coup, scène surréaliste au QG de campagne de Rachida : Yaël Goosz pose une question, la ministre l’entend, l’ignore explicitement et se tourne vers les autres journalistes : “vous avez des questions ?”. Entre l’envoyé d’Europe 1 et l’eurodéputée n°2 – derrière Barnier – il était temps que ça cesse !
Rachida Dati et les journalistes, si vous avez raté l’épisode 1.

