Le FrEditorial

17th mars
2009
written by fredsays

Il est un tabou français dont l’existence scandalise encore les inconditionnels des Etats-Unis : le comptage ethnique. Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, est chaud partisan de ce décompte de la population en fonction de son origine, de sa couleur de peau. Son argument ? Cela permettrait d’être plus efficace dans la lutte contre les discriminations. Pour combattre un phénomène, il faut le quantifier, nous dit-il.

Or ce raisonnement est aussi fallacieux que le comptage ethnique est dangeureux :

1 – Tout d’abord parce que la statistique ethnique ouvre la porte à la discrimination positive. Ou du moins elle permet aux apologètes de l’affirmative action de mettre un pied dans cette porte, porte ouverte à toutes les dérives. Et l’exemple vient d’en haut : Nicolas Sarkozy, en 2004, n’avait-il pas revendiqué la décision de nommer un « préfet musulman », Aïssa Dermouche ? Ca fait toujours plaisir d’être choisi pour ses qualités… A quand le constat que les nains, les gens du voyage, les homosexuels et les unijambistes sont sous-représentés dans le corps préfectoral ?

2 – Ensuite, cette lubie du comptage ethnique a le désagréable désavantage d’ignorer le racisme social, qui est sans doute plus souvent à l’œuvre qu’on ne le croit.

La candidature du jeune Khaled est-elle seulement rejetée parce que son prénom n’est pas dans le calendrier, ou parce que son adresse n’est pas à la bonne page du bottin ? Car il ne faut pas s’illusionner : à l’heure de la « diversitude » obligatoire, les grandes entreprises n’ont qu’un rêve : trouver le parfait candidat noir ou arabe qui leur permette de prouver au monde entier leur ouverture et leur modernité (type casting Chloé Mortaud) ; les fils d’ambassadeurs africains ont rarement du mal à trouver un travail.

On oublie souvent de dire que dans le monde professionnel, ce qui dessert les candidats venus « de l’autre côté du périph », ce n’est pas seulement la couleur de peau, mais aussi la maîtrise des codes sociaux, d’un langage spécifique, du « savoir-faire relationnel ».

3 – Enfin parce que le comptage ethnique s’inscrit à revers de la modernité (modernité dont s’auréolent d’ailleurs souvent les antiracistes de profession). Car en effet, en ces temps de métissage, de multiculturalisme, comment obliger une personne à se « caser » dans une catégorie : noir, blanc, marron ? Les recensements par « race », fussent-ils bordés des meilleures intentions, ne rappellent pas que des bons souvenirs…


Ethniciser le phénomène des discriminations, c’est donc taper à côté du problème, stigmatiser ceux que l’on prétend aider, et surtout fissurer encore un peu plus la société française. Il n’est pas anodin, enfin, de constater que le comptage ethnique rassemble parmi ses supporters aussi bien les organisations communautaires – type CRAN- que les opposants psychorigides à l’immigration, comme Yvan Rioufol du Figaro.

Frédéric Says
Article paru initialement sur le blog Tabous du monde

17th février
2009
written by fredsays

D’Yves Jégo à Nicolas Sarkozy : le changement de braquet opéré avec l’intervention du Président en personne montre à quel point la crise antillaise devient aiguë.

Il faut dire que l’équation est compliquée pour le pouvoir.

Scénario 1 : l’Etat ne lâche rien, et va au-devant d’une rébellion généralisée à l’ensemble de l’Outre-mer, voire au-delà.

Scénario 2 : L’Etat lâche prise, éteint l’incendie en arrosant les îles de fonds publics, et prend le risque de créer un nouveau front social… en métropole ! Sur le principe du « ils ont réussi, pourquoi pas nous ».

Cette crise de l’Outre-mer, que Paris n’a pas vu venir, pourrait donc très mal se finir pour l’exécutif. Et se traduire par un nouveau recul, après ceux que Nicolas Sarkozy a déjà consenti sur les fronts scolaires et universitaires. À croire que la méthode « rupture » est impossible. Depuis des décennies, nos présidents font campagne sur le changement, sur la fermeté, avant de bien vite ranger le fer au fourreau devant les cortèges et les banderoles. Et déjà, les mutins de Fort-de-France ont fait muter Nicolas Sarkozy, qui se chiraquise à vue d’oeil.

  • Celui qui voulait imposer le principe de responsabilité à tous les fonctionnaires –donc aussi aux ministres- nomme des médiateurs, chargés de faire le travail dans l’ombre au mépris de la fameuse « transparence ».
  • Celui qui voulait en finir, aussi, avec la technocratie et la « commissionite » propose comme réponse à la crise antillaise un… Comité interministériel de l’Outre-mer.

Le gouvernement tout entier est donc désormais enfermé dans le piège –certains esprits peu courtois jugeraient que les Dom représentent pour Sarkozy sa talonnette d’Achille.

Ah oui, dernière caractéristique de la politique chiraquienne : le repli en rase campagne, après avoir bombé le torse. A quand ?

Frédéric Says

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