Zoon Politikon


Sarkozy père tranquille

⊆ 30 mars 2010 par fredsays | ˜ Aucun commentaire »

Teigneux, nerveux, pressé, clanique… Des mots qu’on entendait souvent à propos de Nicolas Sarkozy.

Adepte de la rupture, avocat de la loi du fort (car c’était souvent lui), c’est l’homme qui disait aux jeunes cadres du RPR, dans les années 90 : “pour gagner une élection, il faut cliver“. Et il ne fit pas autre chose, pendant sa campagne de 2007, en proposant la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale.

Deux mots accolés qui révulsèrent jusqu’au centre-droit, mais qui ramenèrent les électeurs “égarés” du FN vers le Panurge de l’UMP.

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Or, l’inflexible, l’énervé, le ferme-mais-juste semble avoir muté.

Premier symptome : les voeux aux Français du 31 décembre 2009. Au plus fort du débat sur l’identité nationale, Nicolas Sarkozy surprend, face caméra, en alternant les phrases suivantes :

Respectons-nous les uns les autres, faisons l’effort de nous comprendre, évitons les mots et les attitudes qui blessent. Soyons capables de débattre sans nous déchirer, sans nous insulter, sans nous désunir.

Une France rassemblée, ayant confiance en elle, regardant l’avenir comme la promesse d’un accomplissement, voilà le vœu que je forme pour notre pays.”

 

 

Heureusement que le concept de ”Fraternitude” était déjà pris, sinon on y avait droit.

Deuxième symptome, ce mercredi, avec la déclaration sur les retraites, tout en nuance, tout en suavité : “Je connais votre inquiétude et je sais la sensibilité du sujet. Mon devoir est de garantir que vos retraites seront financées.” (…) Je ne passerai pas en force“, jure-t-il, avant d’inviter chacun à “abandonner les postures partisanes”. Douceur sortie de la bouche de l’homme qui promettait n’être d’aucune faiblesse face aux syndicats, l’époque “j’écoute, mais j’tiens pas compte”.

Deux symptomes qui montre l’assagissement du chef de l’Etat, au moins dans sa com’. Son rêve : passer du président brutal et dogmatique du début de mandat jusqu’au rassembleur gaullien. Evolution qui en rappelle une autre : celle de François Mitterrand.

Le Mitterrand du début, du 10 mai 1981, c’est le Mitterrand du programme commun, plus-à-gauche que moi tu meurs (d’ailleurs les communistes sont morts, éjectés du gouvernement quelques temps plus tard), les nationalisations, les 39 heures. Bref, le Mitterrand du “Changer la vie”.

L'affiche de 1988
L’affiche de 1988

 

En fin de mandat, l’homme est tout l’inverse. Père du peuple plutôt que “Tonton”, Mitterrand adopte le slogan de “la France Unie”, plus près du centre que du PC, homme-ciment des Français rassemblés, face à un Chirac montré comme “agité” et diviseur, dépeint en chef  “des clans, des bandes, des factions” du RPR.

Nicolas Sarkozy prend-il le virage mitterrandien, se prépare-t-il déjà à une deuxième campagne, dans l’habit du rassembleur ?

Si l’élection de 2007 était celle de l’identité nationale, celle de 2012 sera-t-elle celle du vivre-ensemble, d’où ce mouvement stratégique ?


Sujet : Politikon avec un petit "p" | Tags : Aucun

Chronique du procès : l’agresseur des contrôleurs

⊆ 19 mars 2010 par fredsays | ˜ 1 commentaire »

Dans les prétoires, caméras et micros sont interdits. Fort heureusement, il reste le stylo… D’où un petit détour de la politique vers la justice, deux mondes qui s’entremêlent dans les salles d’audience.

***

Il est hagard, moche, sale. Son t-shirt est encore déchiqueté de la bataille. Le pugilat, plutôt. Mehdi A., 23 ans, a blessé au couteau trois contrôleurs, dans le train Mantes-la-jolie  – Paris, samedi dernier. La grève à Saint-Lazare, c’est lui. Les revendications des contrôleurs sur leur sécurité, c’est lui.

Autant dire qu’il n’a guère le profil de l’acquitté par avance quand il s’assoit dans le box, en comparution immédiate.

Ceux qui attendaient le fameux délinquant-multirécidiviste-chevronné cher à l’UMP en seront pour leur frais. Casier judiciaire de Mehdi : vierge. Et même un bac S et quatre années d’études en biologie, selon son avocat, qui déclame le CV du jeune homme comme une ode à l’innocence. Comment a-t-il pu en arriver là ?

Ce qui s’est passé ce fameux samedi : il est un peu plus de 14 h, dans le train entre Paris et Mantes-la-jolie.

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En gare. (Cc. JessieRomaneix)

En gare des Mureaux, un groupe d’une dizaine de « jeunes » montent.

Point important : Mehdi ne fait pas partie de ces jeunes. Il voyage avec son cousin, sac de sport dans une main, pochette d’ordi portable dans l’autre. Direction Saint-Lazare, puis, dit-il « la Seine-et-Marne, pour aller rendre visite à ma tante ».

Les contrôleurs arrivent dans la rame. Ils sont sept, pas du genre frêle. « Ils auraient fait honneur dans une mêlée », rigole l’avocat, amateur de métaphores rubgystiques.

Contrôle des billets pour le groupe de jeunes, qui accueillent les uniformes de la SUGE (Surveillance générale de la SNCF) avec insultes et petites provocations.

Habitués, endurcis, les contrôleurs ne bronchent pas, sauf pour verbaliser un passager, le seul du groupe qui n’ait pas de ticket. « Tout se passe bien » selon eux.

Un peu plus loin dans le wagon, il y a Mehdi et son cousin. Deux contrôleurs arrivent, les autres sont encore avec le groupe de jeunes. D’un coup, Mehdi se lève et tente de filer. Il n’a pas de ticket. Bloqué par un agent, il fait demi-tour pour tenter l’autre sortie, en bouscule un autre.

Puis bloqué par un troisième contrôleur qui avait entendu du bruit, Mehdi est repoussé dans un coin du wagon.

Un geste. Le geste qui va lui être fatal. Il sort de sa poche un couteau. Les contrôleurs s’approchent…

Pause dans le récit. La présidente, bienveillante mais précise, veut à tout prix une description détaillée du couteau. S’en suit un échange, dix bonnes minutes, sur la longueur de l’outil : « 8 centimètres ? 10 centimètres ? ». L’angle d’ouverture de la lame : « Complètement ouvert ? A quatre-vingt dix degrés ? ». Mehdi, gêné, bredouille quelques mots pui décrit une taille par l’écart entre ses deux mains. « C’était un couteau de pique-nique ».

-Quel besoin de se balader avec un couteau ? s’interroge la présidente

-Je me suis fait agresser il y un an… Ils m’ont complètement démonté les dents… Depuis…

-Et du coup, c’est vous qui agressez les autres, maintenant ?

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Pass Navigo. (Cc. nicolasnova)

Sur les bancs des victimes, les contrôleurs suivent la scène attentivement, sans rien laisser paraître. Trois d’entre eux portent des bandages, dont deux ont le bras en écharpe.

Mehdi, incontrôlable dans le train, a cassé le pouce à l’un, taillé la main d’un autre, qui voulait récupérer le couteau. « Je vais te découper, je vais te planter », voilà ce qu’il m’a dit » témoigne un contrôleur, qui assure avoir vu passer la lame à quelques centimètres de sa gorge.

Toujours présent dans la rame, le groupe de dix jeunes s’en est mêlé. A l’appel de Mehdi. « Aidez-moi, je vais me casser, chopez-les » crie-t-il, pendant l’algarade.

Les contrôleurs tentent de les contenir, l’un deux prend un coup de poing sur le front, son auteur ne sera pas retrouvé.

« Expliquez-vous ? » tonne, sévère, la présidente

-Je me suis senti agressé par les contrôleurs, ils étaient très mal polis et irrespectueux » tente Mehdi, sans convaincre.

-Et vous, pauvre victime, vous décidez alors de les « découper » ?

-C’était du bluff, pour les impressionner »

-« Notez, madame la greffière : c’était… du… bluf… pour les… impressionner. Merci»

Mehdi se mord les lèvres. Il sent qu’il n’a pas bien joué le coup. Il se renfrogne. Presqu’autant qu’au début de l’audience où lui, le novice des prétoires, le stagiaire des boxes, avait blêmi, presque défailli, ne trouvant pas ses mots face à cette foule hostile : procureur, juges, greffière, contrôleurs, public.

Face à Mehdi, ”madame le procureur” se lève. Grande, jeune, sèche, jolis yeux bleus incrustés dans le visage, elle déclame : « dans quel pays vit-on ? En prenant le train, tranquillement, on peut se retrouver à tout moment au milieu d’une rixe avec des couteaux ? Et ces pauvres contrôleurs, brisés pour avoir fait leur métier…»

Elle requiert un an ferme contre Mehdi, plus six mois de suris.

Contre-attaque de l’avocat fan de ballon ovale : petites lunettes, corpulence, longue démonstration. En substance : « ce procès se tient sous le coup de l’émotion médiatique, qui vous prive, madame la présidence, de toute sérénité…».

Mais la salle n’écoute plus. Elle regarde, du coin de l’oeil, celui de Mehdi. Lui, qui crânait contre l’évidence, a maintenant une larme qui perle. Discrètement il l’essuie. Puis une autre. Et une suivante. Son cousin, sur les bancs du public, sanglotte.

Ils ont déjà compris. Mehdi a pris deux ans ferme.


Sujet : Politikon avec un petit "p" | Tags : Aucun

Cherchez l’intrus.

⊆ 1 janvier 2010 par fredsays | ˜ Aucun commentaire »

Toutes ces phrases ont été prononcées par la même personne.
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- “Quand on habite en France, on respecte ses règles. (…) On n’excise pas ses filles, on n’égorge pas le mouton dans son appartement.”
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- “Aujourd’hui quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit.”
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- “J’écoute, mais je tiens pas compte.”
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- “Ce qu’il manque au PS, c’est un directeur des ressources humaines.”
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- “Respectons-nous les uns les autres, (…) évitons les mots et les attitudes qui blessent.”


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