nov 11 2009

afontaine

Jónsi and Alex, expérimentation et légère déception

Publié à 0:59 dans Mon avis sur

Il vous arrive parfois d’attendre un album tellement longtemps que vous l’idéalisez et que quand vous le recevez vous êtes finalement un peu déçus.

Eh bien c’est mon cas. En effet j’ai écouté l’album de Jónsi and Alex (Riceboy sleeps, sorti en juillet) il y a un moment à la Fnac et en bonne cliente que je serais si je craquais à chaque fois que je m’y rends, j’ai acheté le cd sur Internet. Mais bon quand vous commandez à l’étranger ça prend tout de suite plus de temps. Bref, j’ai finalement reçu le cd… il y a une dizaine de jours.

Couverture de Riceboy sleeps

Couverture de Riceboy sleeps

Alors euphorique que j’étais en déchirant le plastique, je me suis dit : il faut vite que je vous en fasse part. Que nenni. A la première écoute, je n’ai pas trop accroché et à vrai dire, peut-être ne me concentrais-je pas assez, mais j’ai oublié qu’un air passait en fond. Alors j’ai écouté et récouté et réécouté et  je l’ai apprécié à chaque fois plus sans toutefois atteindre l’euphorie attendue. Pour sûr, j’avais besoin de laisser l’album décanter avant d’en parler.

Vous savez, c’est comme Twitter, plus tu passes de temps, plus…etc. J’avoue que j’ai un peu de mal à expliquer pourquoi j’ai mis autant de temps à m’enticher de cet album. Peut-être la durée des morceaux ? Pourtant avec Sigur Ros, je suis habituée. A ce stade je mets ça sur le compte d’une période où je n’étais certainement pas disposée à écouter ce genre de musique si douce et si minimaliste.

Avant de parler de l’album, je voudrais vous présenter les deux membres, Jónsi et Alex, qui au-delà de leurs prouesses musicales, cachent bien des secrets…

Jónsi (derrière) et Alex

Jónsi (derrière) et Alex

Comme vous avez tous lu ma présentation de Sigur Ros, hein ?, vous devez savoir que Jónsi (Jón Thór Birgisson) est l’homme qui se cache derrière la voix si aérienne du groupe.  Alex n’est autre que le compagnon de Jónsi. Les deux se sont rencontrés à Boston en 2003. A partir de ce moment-là ils ont commencé à jouer ensemble. Alex a rejoint son partenaire à Reykjavík où ils se sont mis à l’art visuel. Ce travail a donné lieu à un livre Riceboy Sleeps en 2006. Cet ouvrage a été tiré dans un nombre d’exemplaires limité. La même année, leur premier duo “Happiness” apparaît comme un des titres phare de la compilation Dark Was The Night, une compilation du type Sidaction, à laquelle a d’ailleurs participé l’Américain Sufjan Stevens (un autre de mes favoris).

Pendant que Jónsi enregistrait avec Sigur Rós, ils ont tous les deux construit petit à petit les pièces de l’album Riceboy sleeps.

Quant à Alex, c’est un des membres du groupe Parachutes. Encore un groupe expérimental qui a commencé avec des ustensiles de cuisine en guise d’instruments, mais j’en reparlerai très prochainement. Sans apparaître sur les devants de la scène Alex a déjà collaboré avec Sigur Rós en réalisant des pochettes d’album, notamment Takk, qui a reçu le prix de la meilleure illustration d’album aux Victoires de la musique islandaise en 2006.

Pour les gourmands comme moi, je vous informe que le duo a aussi publié un livre de recettes ! Eh oui ! The Good heart recipe book, il s’appelle. Un cocktail de petits plats faits maison qui rien qu’en regardant les images me mettent plus que l’eau à la bouche.

Jónsi & Alex Recipe Show – Watch more Videos at Vodpod.

Après cette mise en bouche, revenons à notre mouton. Ce qui m’a d’abord plu dans l’album Riceboy sleeps, c’est l’importance des cordes et du piano. Les instruments sont toujours introduits avec légèreté, comme une plume. Le début de “Atlas Song” atteste de cet usage du piano. Et si je suis d’ordinaire réticente à l’exploitation électronique du piano, je dois admettre que la transformation qu’ils opèrent à l’ordinateur est bien réussie. Les notes restent en suspens et ça donne encore plus de relief plaintif au morceau.

Si les traces de l’aîné Sigur Rós sont présentes pour le côté minimaliste, la voix de Jónsi est reléguée à des respirations ou des voix de fond. La place est laissée à un remixage de voix de castra. En optant pour cette voix soprano, surtout dans “Boy 1904″ et “Daniell in the sea”, les artistes donnent un côté chant sacré à leurs morceaux. En écoutant “Daniell in the sea”, je m’imagine d’ailleurs parfaitement dans une église, fermant les yeux, bénissant le seigneur de m’offrir une acoustique aussi fabuleuse. Ce même morceau me replonge aussi un peu dans l’atmosphère de la BO du Labyrinthe de Pan, composée par Javier Navarrete.

Je regrette que ce recours au “sacré” n’apparaisse pas plus sur l’album parce que ça lui aurait donné plus d’unité et d’identité. Certes j’aime beaucoup le titre “Sleeping giant”, avec ces éventuels bruits de pas sur le parquet ou de branche d’arbre sur le point de craquer ou de chants des baleines, mais ça fait que chaque titre expérimente des terrains nouveaux. Ce n’est pas moi qui vais me plaindre du côté expérimental mais ici les morceaux sont très longs et n’aboutissent pas. Il n’y a quasiment pas de progression donc on a tendance à oublier et à s’assouplir.

Dans le genre “ambient” qui s’aventure sur des chemins tantôt plats, tantôt longuets, je préfère nettement Hélios, qui certes trichent en ajoutant des sonorités électroniques franches, mais qui permettent de décoller et de retenir comme un air accrocheur.

4 commentaires




4 commentaires pour “Jónsi and Alex, expérimentation et légère déception”

  1.   Tom@ton 11 nov 2009 at 16:21 1

    Hey!
    finalement la critique n’est pas si mauvaise et je pense qu’il faut surveiller si certains morceaux n’apparaissent pas dans un prochain long métrage, cela s’y prêterait bien.
    Il serait bien de faire un lien vers l’album Takk (pas en italique dans le texte) pour avoir le son et se faire une meilleure idée de la comparaison.
    Quant au côté musique sacrée, je suis surpris de lire que tu bénis le seigneur même si c’est uniquement pour l’acoustique de l’église (lol).
    Si tu devais mettre une note sur 10 à l’album tu mettrais combien?
    Enfin petite remarque, “en suspens” pas “en suspend”.
    xxx

  2.   afontaineon 12 nov 2009 at 20:15 2

    Merci pour la correction…c’est bien je ne connaissais pas ton côté “nazi de l’orthographe”.
    J’ai ajouté le lien vers l’écoute de Takk.
    En fait trois des morceaux du premier album de Sigur ros (« Ágætis byrjun », « Svefn-g-englar » et « Njósnavélin ») ont déjà été repris dans le film Vanilla Sky, en 2001.
    Pour la note, j’en mettrai les prochaines fois. Je mettrai 6/10 car sans répéter tout ce que j’ai écrit, je n’ai pas accroché directement donc c’est un point en moins, puis les morceaux sont longs, encore un point en moins et c’est moins bien que Sigur ros à mon goût (sauf Boy 1904 parce qu’on ne s’y attend pas) et que je ne peux pas dire “c’est moyen”, j’opte pour 6 !

  3.   Alon 13 nov 2009 at 0:28 3

    Bonne critique, assez proche de ce que j’en pense. Je suis passée par le stade de la découverte, pas trop accroché au départ, puis aimé certains titres beaucoup, moyennement, pour finalement n’en apprécier réellement que 3 ou 4 après un recul de quelques mois. Je lui mettrais aussi un 6/10 (pour un 10/10 aux opus de Sigur Rós AB et () et 9 à Takk, ceci pour expliquer le pourquoi de ma curiosité). Ce que j’aime beaucoup dans cet album c’est sa capacité à nous faire visualiser des scénettes, de façon directive (Sleeping Giant par exemple, mais on entend trop les craquements du bateau) ou laissant le choix à notre imagination. Stokkseyri me plonge invariablement dans des très vieux souvenirs de village le dimanche avec les cloches de l’église. J’aime beaucoup Happiness, la 2e partie d’Indian Summer et Daníell in the Sea, je ne vois par contre ni Daniell ni la mer et ce morceau m’évoque bizarrement une souffrance (!?) Ma préférée : Boy 1904. La longueur des titres ne me gêne pas, mais je suis d’accord avec toi sur la non-progression/non-aboutissement de la musique sur des titres si longs, nous laissant sur notre faim. C’est pourtant ce qui aurait rendu cet album exceptionnel ;)
    On retrouvera ces musiques au cinéma, ça c’est sûr ! Je comprends aussi qu’on ne puisse pas l’aimer du tout, car dans l’ensemble il est extrêmement austère et sombre…

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