Tabous du Monde

Pour répertorier, sans s’égarer, les nombreux tabous qui trainent sur nos chemins…

Le Pape, périmé?

 Quand le tabou devient une arme politique

Tribune colérique

Nous voici à un « sacré » carrefour de tabous de forme et de fond. Lorsque la normativité morale écrase la tolérance, la confusion des pouvoirs temporels et spirituels devient une menace pour l’avenir des sociétés polyculturelles et démocratiques. Cette menace porte un nom: le fanatisme. La poursuite de l’idéal d’une mondialisation aussi positive que possible exige des grands dirigeants qu’ils laissent ouverte la porte de la compréhension de l’autre, fut-il laïc, juif ou musulman. Le faisceau de positions adoptées par le Saint siège tend à reconstruire l’unité de l’église sur une base d’opposition à l’autre, aux autres.

A quoi sert le Pape romain aujourd’hui?

A fédérer les catholiques, à livrer « la juste interprétation du verbe divin », à signer les certificats de béatification, à gouverner le Vatican, à distinguer « le bien du mal » pour ses ouailles, à entériner les excommunications, à comploter secrètement avec l’Opus Dei pour éliminer Dan Brown, à faire vibrer les mamies… Un homme écouté et donc de pouvoir : plus d’un million de fidèles sont venus l’acclamer à Luanda dimanche dernier. Il retire, comme tout un chacun, une certaine responsabilité, proportionnelle à cette influence. Il est donc comptable des conséquences de ses préconisations.

Il meurt sur terre, un malade du VIH toutes les 10 secondes. L’Afrique, continent le plus ravagé par l’épidémie, compte plus de 13 000 000 de croyants particulièrement fervents. Il leur a dit que le préservatif ne protégeait pas du Sida, et qu’au contraire, il en aggrave la propagation. C’est une posture aveugle et meurtrière.

Dans une lettre ouverte diffusée dans la presse en réaction aux déclarations du Pape sur le préservatif, les forces vives du Sidaction rappellent que, selon l’Évangile de Mathieu chapitre 14, verset 11, “ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur; mais ce qui sort de la bouche, c’est-à-dire ce qui provient du cœur, les intentions mauvaises“.

On peine à justifier que le nouveau Pape soit encore aussi blanc qu’un cierge de pâques à l’heure où la foi catholique, est surtout hispanique, africaine et orientale. Toute créature normalement politisée ne peut accepter sans sourciller la présence incongrue, dans le monde des gouvernants du XXIe siècle, de ce prince mystique élevé au rang de chef d’État. Qu’est ce qui légitime politiquement un tel honneur: la conquête armée? L’ascendance noble? L’élection démocratique? Sa seule désignation par un collège réduit de gérontocrates?

Cette légitimité exceptionnelle pour un chef religieux, le Dalaï Lama, n’y aura pas le droit. Mais pour Benoît, c’est pas pareil… On concède même une place spéciale à l’ONU à cet ultra Chaman de la tribu des blanc. Certains trouvaient que Jean-Paul II avait la dent dure. Avec Benoit XVI, ils ne seront pas déçus. Rarement on a vu pape aussi clivant: l’ami Ratzinger s’évertue depuis la début de son mandat à reprendre et à transformer tous les poncifs et les tabous du saint siège en caractéristiques identitaires.

Merci Garibaldi

Certains estimaient que la modernisation n’était plus une option pour que survive l’Église en tant que phénomène de masse. Benoît XVI lui, joue la carte du fondamentalisme. Une vielle stratégie de crise éprouvée en politique par les groupuscules des extrêmes: lorsque les bases populaires ne sont plus rendez vous, il s’agit de préserver à l’aide d’une avant-garde éclairée, dévouée et d’une loyauté à toute épreuve, la flamme pure de la révolution – ou plutôt ici de la résurrection. Benoît fait presque l’unanimité au moins sur un point: contre lui.

55% des français pratiquants (les habitants de la fille ainée de l’église) ne l’aiment pas.

Jusqu’où ira t-il ?

Alors le pape flatte ses partisans les plus radicaux, se reconstitue une avant garde de puristes en démontant un par un les éléments de modernisation engrangés par son prédécesseur. Benoit a tenté à la faveur de la prégnance des bigots « born-again » de la maison blanche (certes protestants), de s’immiscer dans la guerre des mondes. Le discours de Ratisbonne du 12 septembre 2003 annonçait la tonalité de sa papauté deux ans plus tard. Rome, loin de l’universalisme pacifiste qui existait (au moins en façade) depuis la guerre de 1914-1918, marque son choix – l’Europe chrétienne berceau des justes -. Construire un rempart face à l’Islam (irrationnel, violent, etc…), comme au bon vieux temps. Dans l’idéal, quoi de mieux pour renflouer les bancs de messe qu’une bonne vielle croisade identitaire… Heureusement, le Vatican, pas plus gros qu’un petit département, n’a plus que ses gardes suisses. Merci Garibaldi.

D’ailleurs il n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat, avec les juifs aussi. Exit le dialogue engagé par Jean Paul et l’esprit de Vatican II. Joseph remet au goût du jour la prière « éclairer les coeurs » pour « la conversion et le salut des juifs », dans le cadre de son geste envers la frange radicale du catholicisme: le retour au missel en latin. S’ajoute à cela sa vibrante obsession relative à la canonisation de PieXII, l’arrangeant saint père qui tut  l’holocauste et permit à nombre de transfuges de l’Axe de fuir outre atlantique. Il qualifie son pontificat d’héroïque. Puis surgit l’affaire des propos négationnistes de Williamson. Le silence et l’embarras en disent long, pas tant sur la position de l’héritier de Saint Pierre, que sur la montée en puissance de l’extrémisme catholique au sein des institutions romaines.

Le Monde.fr nous rappelle les faits suivants: « Après plusieurs mois de relations difficiles, l’offensive israélienne à Gaza ravive les tensions entre le Vatican et la communauté juive. Le “ministre de la justice” du Vatican, le cardinal italien Renato Martino, compare, le 6 janvier, les conditions de vie des Gazaouis à celles d’un “immense camp de concentration”, provoquant l’indignation des responsables israéliens et de religieux juifs.
Le 24 janvier, Benoît XVI sème le trouble en levant l’excommunication de quatre évêques intégristes, parmi lesquels Mgr Williamson, auteur de propos négationnistes. Face à la vague d’indignation, il va tenter de calmer la polémique, en vain».

On ne jugera pas de la prise de position au sujet de la guerre à Gaza. Notons simplement le processus de long terme dans lequel elle s’inscrit.

 

Radicaliser la foi, flatter le fanatisme

Benoît XVI nous a récemment prouvé que le virage dogmatique n’a pas de limite. Il a silencieusement admis qu’il était juste de punir le fait de sauver la vie, par l’avortement, d’une petite fille de 9 ans, violée et enceinte de jumeaux. Le Christ aurait-il donc voulu qu’elle meure, ou pire, qu’elle porte sa vie entière l’infamie de cette reproduction contre nature?

Ce discours bien rodé est un cheval de bataille des radicaux du dimanche, chevauché dès la prise de fonction de Ratzinger. « Le 7 mai 2005, moins de trois semaines après avoir pris la succession de Jean Paul II, Benoît XVI lève toute équivoque sur la question du “respect de la vie”. En prenant possession de la basilique Saint-Jean de Latran, à Rome, il condamne toute légalisation de l’interruption volontaire de grossesse et de l’euthanasie active, en déclarant dans son homélie que “la liberté de tuer n’est pas une vraie liberté, mais une tyrannie qui réduit l’être humain en esclavage”. A la fin de l’année 2006, il condamne à nouveau l’euthanasie. A l’occasion de la prière de l’angélus précédant le Noël 2005, il estime que “la naissance du Christ nous aide à prendre conscience de ce que vaut la vie humaine, la vie de tout être humain, de son premier instant à son déclin naturel”. »

Le processus ne cesse pas de se traduire en faits: le 5 mars dernier la papauté entérine l’excommunication prononcée par un évêque brésilien à l’encontre de la mère et de l’équipe médicale qui a sauvé la fillette. Dans un pays où la foi tend à faire loi, l’attaque n’est pas anodine. Les fanatiques de la soutane ont désormais les coudées franches.

L’affaire Eluana Englaro, la négation de la participation de l’Église dans le génocide physique et culturel des civilisations précolombiennes en mai 2007; on ne compte plus les prises de positions hasardeuses destinées à flatter les franges radicales. Elles deviennent peu à peu la norme. Combinées à de récurrentes dénonciations des excès du capitalisme, et de la décadence latente de nos civilisations, la ligne politique du saint siège prend une tonalité qui laisse songeur. De là à y entendre l’écho d’une propagande populiste, décors de fond qui alimenta la jeunesse du pape dans l’Allemagne des années 30, il n’y a qu’un pas. Ratzinger n’hésite plus à le franchir.

On doit comprendre qu’un chef spirituel puisse élaborer une défense argumentée de positions parfois controversées, pour permettre la compréhension la foi à ceux qui y adhèrent. Nous ne sommes plus ici dans le cadre d’un dérapage ponctuel concernant tel ou tel point structurant de la foi catholique, mais dans la construction savamment mise en œuvre d’une tonalité politique.

 

Et il semblerait que la stratégie du souverain poussif porte ses fruits: rarement on aura vu les jeunes catholiques aussi effarouchés, batailleurs et impliqués dans la justification des dérapages d’un pape. Dimanche 22 Mars ils menaient la bastonnade sur le parvis de Notre Dame, pour que les blasphématoires militants distributeurs capotes cessent leur offensante activité. Une semaine plus tard à Lyon, rebelotte. Les conservateurs électrisés n’hésitent plus à faire le coup, à verser dans la violence, pour exprimer leur vision de la société, et leur rejet de la débauche en latex. A se demander des fesses de qui sont-ils sortis…

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