Tabous du Monde

Pour répertorier, sans s’égarer, les nombreux tabous qui trainent sur nos chemins…

Drogues: la France archaïque

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Voici l’extrait d’un article édifiant paru aujourd’hui dans Libération.

Quatorze milliards de dollars de revenus annuels. C’est ce que pourrait rapporter, selon un parlementaire californien, un impôt sur la culture, l’achat et la vente du cannabis aux Etats-Unis.

Tom Ammiano, qui a déposé ce lundi une proposition de loi dans ce sens, dit avoir le soutien de l’Organisation nationale pour réforme des lois sur la marijuana (Norml). Ces derniers mois, cette dernière a travaillé avec les parlementaires des Etats, y compris le très conservateur Texas (sud), sur des analyses budgétaires destinées à déterminer dans quelle mesure les déficits peuvent être comblés par une légalisation du cannabis.

D’après Allen St Pierre, directeur exécutif de la Norml, la Californie pourrait récolter jusqu’à 20 milliards de dollars par an. Dans cet Etat, les dispensaires qui procurent de la marijuana à des fins médicales peuvent engranger jusqu’à 50.000 dollars par jour, selon lui.

[…] Quelque 115 millions d’Américains vivent déjà dans les treize Etats qui ont dépénalisé la marijuana à des degrés divers. Ainsi en Alaska (nord-ouest) et à Denver (Colorado, ouest), la possession de cannabis n’est pas pénalisée pour les petites quantités.

Trois sondages nationaux réalisés aux Etats-Unis depuis le début d’année 2009 révèlent qu’un grand nombre d’Américains soutiennent la légalisation: 40% pour Rasmussen, 41% pour CBS News et 44% pour Zogby. Il y a vingt ans, ce chiffre ne dépassait pas les 20%.

La Californie accuse cette année un déficit record de 42 milliards de dollars. Souvent considérée comme la 6e puissance économique mondiale, cette région bénéficie déjà de la culture de marijuana thérapeutique, qui est l’un des premiers revenus du nord de l’État. En pleine débâcle économique les États-unis ont au moins le courage de soulever un vaste problème de société, et au delà de la manne économique, d’ouvrir la voie à une mise à jour des mœurs et des lois.

 

On a le bon goût en France, le pays des bouilleurs de cru, de la Villageoise, de la Pelure d’Oignon, du Pisse-dru et champion occidental de l’alcoolisme, de faire la fine bouche sur la fumette. On préfère remplir les geôles de « drogués », et les caisses de l’État de leurs deniers souvent maigres. A l’heure où chaque année les prisonniers se suicident par centaines, où les gourbis pénitentiaires sordides débordent d’âmes en peine, la répression des drogués, l’enfermement et la dissimulation paraissent bien dérisoires.

 

7 millions de francais, selon le fascicule distribué au collège « Drogues: savoir plus, risquer moins », déclarent avoir déjà fait usage du cannabis, au moins 1 millions en consomment régulièrement.

En quel nom dans l’hexagone, monsieur le curé s’offre t-il chaque dimanche de christiques frissons à grandes lampées de sang de Jésus, tout en blâmant celui qui dans le secret intime de la pratique du vice, s’adonne aux paradis -artificiels-, à l’évasion, à l’escapade libératrice offerte par un quelconque psychotrope?

Ici la police sermonne contre le haschisch en buvant du Ricard ; à l’ombre des certains minarets, on donne le fouet aux alcooliques en fumant le narguilé dans un champs de pavot.

Parce que c’est bien la nature du produit qui est incriminée. Il faut protéger ces pauvres erres contre eux-mêmes. Il faut dissimuler ces mauvais exemples qui se laissent aller publiquement, juger la clope au bec et le café en main ceux qui ne se droguent pas bien, pas conformément pas selon les critères du coin.

 

Peut-être dérangent t-ils dans la culture du travailler plus, ces improductifs qui assument leur laisser aller, qui font acte de liberté sans empiéter sur celle des autres. Parce que par définition, les drogues sont une expérience intime, un plaisir solitaire. La dépendance est une prison mentale et physique, certes. Ce qui est certain c’est qu’on n’en sort pas en s’enfermant dans une prison de pierre.

 

Les drogues dégradent la santé c’est évident. Et sous l’emprise d’un esclavage chimique, on se laisse corrompre par le vilain vendeur. Il a bon dos le vendeur. C’est vrai qu’au pay d’Europe où l’on consomme le plus d’antidépresseurs, de somnifères, d’anxiolytiques, de calmants, de fortifiants, généreusement prescrits par les “psychopathologistes” patentés, à 75 euros la séance de divan, c’est bien le vendeur d’herbe, d’ecstasy ou de cocaïne le plus coupable.

La santé pourtant, la reconnaissance publique ne s’en soucie pas tout le temps. On acclame le sportif qui ruine son intégrité physique pour réaliser des exploits et amuser l’arène publique, faire mousser la nation. On décore le soldat, on rétribue l’ouvrier qui s’éreintent, détruisent leur santé, s’aliènent au nationalisme à l’obéissance, au productivisme. Y a t-il de bonnes et de mauvaises aliénations? C’est aux seuls aliénés d’en juger.

 

La drogue, ça va mais dans la discipline… le dopage c’est pas bien , mais ça fait quand même jubiler quand on ramène des médailles d’or.

 

Peut-être y a t-il une certaine jalousie des légions moralisées et dociles, qui regrettent en silence leur frustration sacerdotale et conformiste.

Le drogué, ce n’est finalement que l’autre. La répression de la drogue, dans la mesure où personne ne l’impose, c’est une sorte de xénophobie sociale.

Certains pays ont eu le courage de faire face à ces questions. La Suisse par exemple, a légalisé l’héroïne, qui fut un temps  disponible dans l’un des parcs de Zurich. On y trouvait une clinique, des seringues propres et gratuites, des médecins qui distribuaient même un produit contrôlé aux plus dépendants. Les helvètes ont fait marche arrière, débordés: de toute l’Europe affluaient des drogués en perdition, en quête d’une terre plus accueillante.

 

La drogue est, comme toute chose, potentiellement dangereuse. Mais ces risques peuvent être gérés par l’éducation, la prévention, la dédramatisation, la responsabilisation des usagers, et encore la prise en charge médicale des comportements à risques. Pour cela, il faut reconnaître, faire face et assumer. La prison, elle, en 9000 ans d’usage de drogues par l’espèce humaine, n’y a jamais rien changé.

 

 

2 Responses to “Drogues: la France archaïque”

  1.   Fred Says:

    “Ici la police sermonne contre le haschisch en buvant du Ricard ; à l’ombre des certains minarets, on donne le fouet aux alcooliques en fumant le narguilé dans un champs de pavot.”

    -> Bien vu !!

  2.   altepamyprola Says:

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