Le fléau des nouvelles drogues énergisantes

«  Special Gold », « Magic », «  bubble » ou «  sel de bain ». Ces noms ne vous disent peut être rien et pourtant, ils font des ravages. Démodées l’héroïne et la cocaïne, ces drogues sont devenues un véritable fléau chez les jeunes européens. Et notamment en Roumanie où elles étaient légales il y a encore quatre mois et vendues librement. « On parle de drogues quand un produit est illégal car il a été répertorié sur une liste de produits interdits. Ici, les substances sont longtemps restées méconnues, sans moyen de les dépister. On ne pouvait donc rien faire », explique le docteur Vasilescu, responsable du service de psychiatrie de l’hôpital Obregia de Bucarest. Dans son centre, il reçoit de plus en plus de jeunes tombés dans les travers de ces nouvelles drogues à contenu amphétaminique. « Depuis le début de l’année 2010, le nombre de patients a explosé ! Avant, on en recevait une soixantaine par mois, principalement dépendants à l’héroïne. Aujourd’hui, c’est plus de cent, dont beaucoup ont testé ces nouvelles drogues », sourit-il.

Présentée sous forme de poudre blanche à l’image des sels de bain, la méphédrone, principal composant, est fondu pour être ensuite injecté par seringue. Pour 50 lei (environ 12 euros), ces drogues sont accessibles à tous. Et à portée de main dans une cinquantaine d’échoppes ouvertes au grand public à Bucarest : les magasins de rêve.

Un magasin de plantes ethnobotaniques à Bucarest ( Crédits photos Joséfa Lopez / CFJ)

Un magasin de plantes ethnobotaniques à Bucarest (Photo Joséfa Lopez / CFJ Apprentissage)

Des sortes d’épicerie de plantes ethnobotaniques où la drogue passait inaperçu. Après la mort de cinq jeunes de 25 à 30 ans, le gouvernement a décidé d’agir. En février 2010, les substances chimiques de ces produits ont été recensées et interdites. La plupart des boutiques ont fermé ou ont cessé ce commerce illicite. Mais à l’ère d’Internet, tout est toujours possible. Ces drogues y sont en vente libre et leur livraison au domicile comprise dans le prix ! Les forums pullulent. En à peine 5 minutes et quelques mots clés tapés sur Google, je suis tombée sur des forums donnant des conseils pour s’en procurer facilement.

Ma rencontre avec Sorin, 29 ans, hospitalisé dans le service du docteur Vasilescu, me le prouve. « De nombreux sites continuent d’en vendre. Mais si tu veux, quand je sors d’ici, je pourrai t’amener là on en trouve encore pour que tu essayes », ironise-t-il, au nez des infirmières. « Mais attention, ce ne sont pas les mêmes dealeurs que pour l’héroïne ! » Aller chercher sa dose comme on va chercher son pain, voilà le quotidien de centaines de jeunes à Bucarest. « Le problème de ces drogues, c’est qu’elles ont longtemps été légales, ce qui a semé le doute dans les esprits. Même si aujourd’hui elles sont interdites, il est encore facile de s’en procurer », note le docteur Vasilescu.

« Des drogues aussi dangereuses que l’héroïne »

Pour les médecins, ces drogues sont perverses et leurs effets dévastateurs. Problèmes cardiaques et symptômes psychotiques sont au menu. « Lorsque certaines consommateurs sont déjà vulnérables, ils peuvent facilement basculer dans la folie », souligne le spécialiste. Les patients ne sont pas forcément dangereux pour les autres mais ils développent une certaine paranoïa ou une peur des autres. « Ils finissent par croire dur comme fer à leurs hallucinations », indique Mihaela, une interne en psychiatrie. « La semaine dernière, un jeune homme a été amené après avoir coupé son lit en deux avec une hâche. Il croyait que des gens le suivaient et qu’ils étaient cachés en dessous », raconte-t-elle.

Et comme toutes les drogues, le principal risque est l’addiction. En seulement 30 minutes, les effets « énergisants » disparaissent et certains jeunes en viennent à consommer ces drogues à répétition. « Comme je prenais déjà de l’héroïne, c’était comme une récréation pour moi, avant de sortir en soirée par exemple. Mais j’ai des amis qui pouvaient en avaler jusqu’à 20 ou 30 par jour », décrit Cristian, lui aussi hospitalisé pour sortir de l’enfer de la drogue. « Moi, j’en utilisai généralement pendant cinq jours, sans boire ni manger. Puis j’arrêtai pendant un mois. C’était comme une cure d’énergie ! », précise Sorin, les yeux dans le vague, endormi par son traîtement de substitution. Depuis qu’ils ont arrêté, Cristian et Sorin subissent de nombreux  effets secondaires. Après l’enivrement des shoots, les passages dépressifs sont fréquents. Les médecins restent d’ailleurs assez impuissants. « Il est difficile de les soigner car nous ne connaissons pas précisément la composition des produits », note Mihaela. Certains peuvent être remis sur pied en cinq jours, quand il faudra près d’un mois pour d’autres.

Pour le docteur Vasilescu, le problème de ces drogues doit devenir une véritable priorité pour les gouvernements européens. Il reste malgré tout plutôt pessimiste. « Pour créer ces drogues, il suffit juste d’être un bon chimiste. Internet fera ensuite le reste ! » Ni étude ni véritable traitement ne sont pour l’instant disponibles et ces drogues fleurissent sur le marché. Un marché face auquel les autorités restent impuissantes. « Même si certains produits ont été interdits, de nouveaux sont déjà sur le marché. C’est sans fin … », regrette le docteur Vasilescu.

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