Chef comptable dans une compagnie de chemins de fer (depuis 10 ans) le jour, grand spécialiste roumain de la bande dessinée la nuit, Dodo Nita est un peu comme un héros de comic book.
Apprendre une langue grâce à la bande dessinée ? Dodo Nita l’a fait. Comme tous les Roumains de sa génération, il avait droit à une heure de cours de français par semaine à l’école. Mais le français, c’est en lisant Pif Gadget qu’il l’a vraiment appris. C’était la seule bande dessinée francophone autorisée dans la Roumanie communiste. Normal, elle était publiée sous l’égide du Parti communiste français. Dodo Nita a vécu sa véritable enfance vers ses 20 ans, lorsqu’il a découvert la bibliothèque française de son université, riche de quelques 200 albums de bande dessinée. Une mine d’or pour un fanatique en devenir . Le premier Tintin qu’il lit est Le sceptre d’Ottokar. Le jeune Dodo Nita se dit que la Syldavie d’Hergé a un air de déjà vu (lire l’article « Et si la Syldavie de Tintin était la Roumanie ? »). C’est le début d’une grande histoire d’amour avec le 9e art.

Dodo Nita à Bucarest (© Maxime Daridan / Cfj Apprentissage)
Derrière cette moustache et ces verres fumés se cache l’un des grands spécialistes roumains de la bande dessinée. D’amateur passionné, il est devenu un acteur de l’univers d’Hergé. Il a participé à la diffusion de Tintin en Roumanie, traduisant lui-même quatre albums des aventures du jeune reporter. L’homme de 46 ans est discret, mais il déploie une énergie de titan : « J’ai écrit à Casterman (éditeur historique des aventures de Tintin), mais ils posaient beaucoup de conditions. »
Finalement, un homme d’affaire français, André Szacvary, se lance dans l’aventure, et la publication de Tintin commence en 2006 avec un nombre limité de 2 000 exemplaires par album. « L’idée, c’était de créer un effet boule de neige. » Un travail important. Pour un album, il faut « deux mois de travail, puis deux mois de disputes, amicales bien sûr ! », précise malicieusement Dodo Nita. « Quand je parle avec des gens de mon âge (en Roumanie), ils ne comprennent pas. Mais si on a grandi avec Tintin, cette passion ne mourra jamais », explique-t-il, résolu.
L’univers de Dodo Nita ne se limite pas à Tintin. Loin de là. « J’ai des goûts éclectiques », sourit-il, avouant qu’il a plus de mille albums chez lui. Des grands maîtres aux auteurs modernes, le bédéphile s’intéresse à tout. Il participe même à l’organisation, à l’automne prochain à Bucarest, de la première grande exposition de bande dessinée roumaine. Les œuvres des auteurs roumains, de 1942 à nos jours, seront exposées avec des planches originales. Un défi relevé avec le concours de plusieurs instituts culturels étrangers, notamment français et belge.
Une vie consacrée à la bande dessinée est également synonyme de rencontres avec ses créateurs. Dodo Nita raconte volontiers sa visite du delta du Danube en compagnie de Christin et Mézière, monstres sacrés de la BD française. Ces derniers le remercient en offrant ses traits à un personnage des aventures de Valérian et Laureline (le guide dans le delta du Danube, album « Par des temps incertains », 18e de la série).
Cette passion est-elle envahissante pour sa famille ? Dodo Nita assure que non : « Ma fille de 13 ans lit tout, ma femme s’est habituée. » Et puis il y a le bon côté des choses : « On a beaucoup voyagé grâce à la BD. On ne l’aurait sans doute pas fait sans. » Globe-trotter, en somme ? Un peu comme Tintin.
Mots-clefs :bande dessinée, Roumanie, Tintin
Et aussi