
Les croix de ce cimetière sont en bois, sculptées puis peintes. (© images Juby )
Un boulanger enfournant son pain, un paysan labourant son champ, mais aussi une voiture renversant un individu… Joyeuses ou macabres, ces scènes sont sculptées sur les croix tombales de ce cimetière, dit le « Cimetière Joyeux », coincé dans les montagnes à la frontière roumano-ukrainienne. Voici l’histoire vraie de l’artiste de la mort et de son œuvre majeure : le Cimetière Joyeux (Cimitirul Vesel).
Il était une fois, un pays lointain, le pays de Maramures (Nord de la Roumanie). Dans cette région reculée, recouvert de forêt, l’économie principale est celle du bois. Les hommes sont des bucherons, forts et valeureux. Et tout est construit en bois : les églises, les maisons mais aussi un cimetière… Situé à Săpânta, il est l’œuvre atypique de l’artiste Ion Stan Pătras (1908-1977), entreprise en 1934. Ce croque-mort esthète sculptait en bas relief le portrait du défunt, concevait une épitaphe pleine d’humour et peignait le tout sur un fond bleu vif. C’est une chronique tendre amère de la vie dans les villages, un éloge illustré des qualités des disparus, de leur défauts et de leurs péchés mignons, comme le goût prononcé pour la dive bouteille ou les petits penchants pour le beau sexe.
Cette histoire perdure encore aujourd’hui puisque l’œuvre de Pătras est entretenue et pérennisée par plusieurs de ses disciples. Le titulaire actuel s’appelle Pop Dimitru Tincu. Certaines peintures se sont accordées aux réalités de la vie moderne et les croix contemporaines cohabitent avec la réalité de la vie d’autrefois : les tracteurs et les camions côtoient les attelages de chevaux et les métiers à tisser.

Les morts brutales et accidentelles sont aussi représentées. (© images Juby)
Les morts accidentelles, brutales et inattendues, sont elles aussi mises en scène. L’une d’elles, particulièrement déroutantes, représente une voiture fauchant une fillette.
Ce lieu surréaliste, dont on parle jusqu’à Bucarest, connaît aujourd’hui un succès touristique exceptionnel. Au point qu’on peut se demander si le Cimetière Joyeux de Săpânta permet encore à ses résidents de reposer en paix ?
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