
Une chapelle orthodoxe à Bucarest (R. Benbourek / © Cfj apprentissage)
En marchant dans les rues de Bucarest, ça saute aux yeux : partout des églises, notamment orthodoxes. Et les chiffres confirment cette impression puisque 4 000 lieux de cultes sont sortis de terre en Roumanie depuis 1989. L’Eglise orthodoxe, à elle seule, en a construit la moitié (2 000), soit environ 100 par an et donc près de deux par semaine ! Le patriarche Daniel, de la Biserica-Eglise Orthodoxe Roumaine (BOR), indique, dans le bilan annuel de l’Eglise, qu’en 2008 on dénombrait 15 717 lieux de cultes dans tout le pays. C’est sans compter les travaux qui avaient commencé cette année-là (153 églises), étaient en cours (923) ou achevés (300) ! Mais c’est en comptant celles en phase de restauration (563)…
Expression d’une liberté retrouvée ou symbole d’une foi omniprésente en Roumanie ? Un peu des deux. Si des lieux de culte orthodoxes existaient déjà durant l’ère communiste, la chute de Ceaucescu puis l’autorisation des religions dites illégales et/ou persécutées sous son règne expliquent cette frénésie de construction.
« 87 % des Roumains sont de croyance orthodoxe* », précise Andrea Bageae, conseillère chargée des relations internationales au Secrétariat d’Etat aux cultes. L’aide financière que nous attribuons aux religions est proportionnelle au nombre de personnes pratiquant chacune des religions. »
En 2009, 900 lieux de culte construits ou réparés …
.. contre 242 écoles, 36 hôpitaux et 37 maisons de la culture
L’antenne du ministère de la Culture et du Culte ne souhaite pas nous communiquer de chiffres. Le financement provient de diverses contributions difficiles à estimer : fonds propres, soutien des fidèles et de généreux donateurs (telles que la Banque nationale de Roumanie ou encore l’armée), mais surtout de l’Etat. D’après nos informations et selon une étude menée par les ambassades de Suisse et des Pays-Bas à Bucarest, les sommes que le Secrétariat d’Etat aux cultes alloue à la BOR ont été multipliées par deux entre 2006 et 2009, passant de 46 à 95 millions d’euros. Sur cette même période, le ministère de la Culture a, lui, consacré 40% de son budget global à la BOR, soit 337 millions d’euros. Un montant conséquent qui, en temps de crise, peut surprendre et déranger. D’autant qu’après l’annonce récente de restrictions budgétaires, le gouvernement a,dans le même temps, maintenu le niveau des subventions destinées aux religions.
Ce soutien monétaire aux Eglises se fait au détriment d’autres équipements publics, les établissement scolaires par exemple. En 2009, les aides de l’Etat ont servi à construire ou réparer 900 lieux de culte – auxquels les députés ont accordé une rallonge de 15 millions d’euros supplémentaires ! – pendant que 242 écoles, 36 hôpitaux et 37 maisons de la culture se partageaient une enveloppe de … 12,5 millions d’euros. Edifiant.
*7 % sont protestants et 6 % sont catholiques.
REBECCA BENBOUREK et CLAIRE GAILLARD
Mots-clefs :Bucarest, Eglise, Orthodoxie
Et aussi