Midnight Meat Train : métro, couteau, boyaux

 

Etonnant de voir que pour son premier film aux Etats-Unis, le japonais Ryuhei Kitamura a choisi une histoire construite sur l’opposition entre deux mondes, en l’occurrence celui du métro et celui de la ville. Dans Midnight Meat Train, si la cité est paisible, le métro est un lieu de massacre, à l’image du système hollywoodien qui a broyé tant d’artistes asiatiques (Tsui Hark, John Woo…), obligés de revenir au pays. Inutile d’extrapoler plus longtemps, le parallèle s’arrête là. Car ce dangereux monde souterrain, propice à toutes les métaphores, est né de l’imaginaire d’un seul auteur : Clive Barker (Cabale, Imajica…), également coscénariste et coproducteur du film.

 

Issue du recueil Books of Blood (1984), Midnight Meat Train est l’adaptation de la nouvelle du même nom. On y suit un homme traquant un serial killer qui a fait du dernier métro son terrain de chasse. Gore et sombre, le film est fidèle au récit de Barker. Pourtant, malgré sa « fanatitude » déclarée, Kitamura a su prendre d’heureuses initiatives. A l’écran, la dualité métro/ville prend une nouvelle dimension. L’opposition est sensorielle : le métro est bruyant, c’est à peine si on peut s’y parler. La ville est calme, presque trop pour une métropole comme Los Angeles, où le film a été tourné. Les teintes froides et grises des rames contrastent avec la chaleur de la nuit. Enfin, bien sûr, le métro est le lieu où le sang coule (à flots). Bouche de l’enfer, la station est montrée au spectateur par une vue en plongée, les escalators étant le chemin de l’abîme. Evidence visuelle : sous les pavés s’agite un autre monde.

 

Visions d’horreur

L’œil est le passeur entre les deux univers. Léon (Bradley Cooper), le personnage principal, est un photographe, sommé par une étrange mécène (Brooke Shields) de prendre des clichés plus ambitieux. Une mission qui l’amènera à prendre beaucoup de risques, et à voir des choses inaccessibles au commun des mortels. Le film offre la même capacité aux spectateurs, en multipliant les vues subjectives. Qu’elles nous mettent dans la peau d’une victime dont la tête vient d’être arrachée ou aux commandes du train, elles font passer le spectateur dans une autre dimension. Des subterfuges derrière lesquels on reconnaît les délires visuels du réalisateur de Versus et d’Azumi, plus calme qu’à l’accoutumé. Le montage reste extrêmement lisible (ça change des films d’horreur réalisés façon clip épileptique), même si on note quelques effets de flou et autres accélérations de temps en temps. On ne se refait pas.

 

Encore inédit chez nous, Midnight Meat Train a été montré dans 102 salles aux Etats-Unis, avec comme objectif une sortie la plus rapide possible en DVD. A Los Angeles, le film n’est passé qu’une fois, dans une seule salle ! Une diffusion ridicule qui a sans doute un peu refroidi Kitamura, qui disait vouloir réaliser « le meilleur film d’horreur de ces vingt dernières années » ! Une façon détournée de désigner Hellraiser (1987) comme la dernière référence en date, sachant que le film a été réalisé par…Clive Barker. Pacte de cinéma, pacte de sang. 

Guillaume Pajot 

 

En bref : Mystérieux jusqu’au bout, Midnight Meat Train est plus qu’une simple boucherie dans le métro. Le pessimisme de la fin emporte le morceau : bienvenue à bord.

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIDNIGHT MEAT TRAIN (USA)

De Ryuhei Kitamura

Avec Bradley Cooper, Vinnie Jones, Brooke Shields…

Sortie : 1er août 2008 (USA), 16 juillet 2009 (France)

 



7 Responses to “Midnight Meat Train : métro, couteau, boyaux”

  1.   Matthieu Says:

    Ta critique et le teaser donnent vraiment envie d’aller voir le film ! A quand la sortie en France (dans 6 salles…) ?

  2.   Ouatia Says:

    16 juillet 2009, a priori. Je me rends compte que j’ai oublié la fiche technique…Je la rajoute !

  3.   Simon Says:

    La prochaine fois je prends le tramway !

  4.   fredsays Says:

    je sais déjà que mon commentaire va provoquer le gag « fredsays Says :  » mais je ne résiste pas, malgré ça, à te laisser mes félicitations pour ce petit papier rondement mené ! Ah par contre, je suis pas anar, mais ta police est pas au top : un chouia plus petit, peut-être ?
    Fred

  5.   Ouatia Says:

    Fred says says, marrant :-) .
    Sinon pour la police je suis assez d’accord avec toi, on va faire ça un peu plus petit !

    http://blog.pressebook.fr/ouatia/

  6.   syl Says:

    je suis d’accord avec fred,je n’osais pas te le dire mais la police choque un peu

  7.   » 2009 : le Top 10 Ouatia Once Upon A Time In Asia Says:

    [...] La critique de cette sympathique boucherie est ici. [...]