déc
1
Temporisation
décembre 1, 2009 | | 4 commentaires
Nouvelle interruption momentanée et fort involontaire pour le Lecteur Aigri. J’étais en train d’écrire vendredi un article sur Le Loup sentimental quand un ami m’a invité à une soirée white russians. Je viens de me réveiller.
L’article promis viendra très bientôt, mais je signale en attendant que l’heure du conte de la médiathèque de Palaiseau sera demain 2 décembre consacrée aux HISTOIRES DE LOUPS ET LOUPS-GAROUS. L’événement aura lieu de 16 à 17 heures : les infos pratiques sont ici.
nov
25
Un loup fanfaron
novembre 25, 2009 | Tagged Grand Méchant Loup, Marmotte studieuse, Petit Chaperon rouge, Ramos, Sept Nains, Trois Petits Cochons | 4 commentaires
Je l’avais annoncé dans mon dernier article, je continue ma Quinzaine des Livres Pour Enfants avec des Loups avec C’est moi le plus fort. Mario Ramos s’est chargé à la fois du récit et du dessin, ce qui rend encore plus impressionnante la réussite totale de l’ouvrage.
C’est très certainement l’un des plus grands livres jamais écrits pour tourner en dérision la figure du Grand Méchant Loup.
Pour résumer la chose, le loup anti-héros du récit se promène à travers la forêt en exigeant de toutes ses rencontres qu’elles reconnaissent qu’il est le plus fort. Il va sans dire que durant toute l’histoire, il ne prouvera jamais cette force – avant de se faire sévèrement remettre à sa place à la dernière page (attention, si vous allez sur la page amazon, le commentaire d’Hélène “Marmotte studieuse” révèle la chute).
Première idée brillante de Ramos : avoir convoqué toute la clique des héros de contes : tour à tour, le Petit Chaperon rouge, les Trois Petits Cochons, et même les Sept Nains se couchent devant le loup. Et c’est là, l’autre grande idée du livre. Le loup a beau être un peu ridicule, les autres habitants de la forêt ne valent pas mieux.
On se demande donc si par le passé le loup a fait montre d’une réelle violence ou si tout le monde de la forêt n’obéit pas à un statu-quo d’illusionniste maintenu par un faux méchant bravache.
On pourrait trouver un tel état de fait désespérant si le loup n’attirait pas finalement la sympathie du lecteur. Il suffit de le voir se rengorger après chaque rencontre pour ressentir une indulgence amusée, bien loin d’un quelconque mépris.
nov
23
Le Lecteur Aigri est un grand enfant
novembre 23, 2009 | Tagged Daddy dolls, Merveille, Vertonghen | 5 commentaires
Ce lundi marque le début d’une période particulière pour le Lecteur Aigri. J’annonce officiellement l’ouverture de la QUINZAINE DES LIVRES POUR ENFANTS AVEC DES LOUPS.
A cela, plusieurs raisons. Déjà, ça me permettra de dire du bien de bons livres. Je n’arrive plus à être méchant. Ces derniers temps, je suis d’ailleurs tellement sentimental que je songe à me rebaptiser le Lecteur Gentil. L’autre jour, une camarade m’a appris l’existence de poupées gonflables destinées aux enfants des soldats américains partis en Irak.
Les Daddy Dolls portent le visage du père et répètent à volonté UNE phrase enregistrée avant son départ. J’ai dû me précipiter dans les toilettes les plus proches pour pleurer.
Ceci dit, ça n’a pas grand-chose à voir avec la QDLPEADL. Par contre, j’ai entendu hier que le 25ème Salon du livre jeunesse ouvrirait mercredi à Montreuil. C’est un excellent prétexte pour faire le point sur les livres pour enfants qui parlent de loups (ce sont les meilleurs, les ogres sont nuls).
Il y a d’ailleurs une librairie dans le Marais qui leur consacre toute une vitrine – j’ai perdu l’adresse, mais ça ne devrait pas être dur à retrouver.
J’ouvre donc la Quinzaine avec un ouvrage qui pourra paraître mineur à côté des chefs-d’oeuvre que sont Le Loup sentimental ou C’est moi le plus fort (on y viendra) mais qui reste une introduction de qualité à mon sujet. Ne nous mentons pas, le scénario rudimentaire de Et alors, le loup ? le destine à un très jeune public – à partir de 3 à 4 ans.
Ce n’est bien sûr pas un problème : la progression des angoisses de ce loup qui a peur de tout (même des moutons) est très bien rendue par le texte de Christian Merveille. Le twist final est excellent : sans trop en dire, le dialogue entre l’auteur et le loup peureux s’achève par un effet visuel à la fois surprenant et logique.
Il suffit de jeter un coup d’oeil à la couverture pour constater que le dessin de Virginie Vertonghen rend le loup terriblement sympathique.
nov
18
L’Interallié jeté à Haenel
novembre 18, 2009 | Tagged Brissaud, Giesbert, Haenel, Interallie, Poivre d'Arvor, Saint-Bris | Leave a Comment
Eh voilà, l’Interallié va à Yannick Haenel pour Jan Karski. C’est quand même un peu la honte : un prix littéraire censé récompenser un journaliste est aussi crédible qu’un guide gastronomique des meilleurs fast-foods. D’ailleurs, j’ai relu la liste des lauréats des quinze dernières années, et je ne me rappelais pas que c’était aussi effrayant : PPDA, Florian Zeller, mon idole FOG, et même Gonzague Saint-Bris.
Au passage, le jury a fait preuve d’un certain talent de contorsionniste pour sélectionner Haenel : son titre de journaliste se résume à la création de la revue littéraire Ligne de risque. Du coup, on rejoue l’histoire de Windows on the world en 2003 et La Possibilité d’une île en 2005 : un machin survendu qui voit tous les prix lui passer sous le nez et se retrouve avec l’Interallié comme une bonne blague.
Plus intéressant, le prix Edmond de Rothschild – récompensant le meilleur ouvrage consacré au vin – a été attribué à Sophie Brissaud pour son Grand Crus classés, grands chef étoilés.
nov
17
J.G. Ballard, on en finit enfin
novembre 17, 2009 | Tagged American Psycho, Ballard, Crash, K. Dick, Petit coeur aigri, Quivrin | Leave a Comment
Je dois d’abord prier ma fidèle base de lecteurs de m’excuser pour mon absence de plus d’une semaine. Je l’ai passée à tester quelques restaurants inconnus de mes services, et n’ai donc pas pu prendre le temps d’écrire ici (quant à vraiment lire des livres, ça fait cinq ans que ça ne m’est pas arrivé).
Le retour à la réalité est rude, et je m’aperçois que j’ai achevé fin octobre un post sur Ballard en promettant une suite. Ca me brise les burnes de reparler du vieux machin anglais, mais je me sens obligé de continuer le récit de nos rapports agités.
Comme je l’écrivais, ma lecture de La Foire aux atrocités ne m’avait absolument pas convaincu et je ne comptais pas approfondir plus avant la question Ballard. J’ai suivi cette ligne de conduite jusqu’en décembre 2008. J’avais alors tout juste entamé ma liaison avec Mme Lecteur Aigri qui m’a offert pour Noël un exemplaire de Crash. Deux semaines plus tôt, j’avais eu droit à American Psycho, le tout témoignant d’une joie de vivre qui ne pouvait que faire fondre un petit coeur aigri.
J’ai quand même abandonné Crash cent pages avant la fin – au millième bâillement. On lit beaucoup d’éloges sur Ballard le visionnaire. Effectivement, le roman était en avance sur son temps (cet article étant dédié à Jocelyn Quivrin). Ca n’a hélas aucun intérêt sans d’autre récit que l’enchaînement accident-baise-baise-accident-mutilation-baise-ad libitum. C’est une illusion progressiste de plus que penser que ce côté visionnaire est à lui seul un gage de qualité.
Si Philip K. Dick est un grand écrivain, ce n’est certainement pas pour avoir prédit l’avènement de la réalité virtuelle, ce dont on se contrefout franchement : il pourrait placer ses héros dans la Renaissance italienne que leurs doutes et leurs malaises ne varieraient pas beaucoup. La comparaison avec Ballard est d’autant plus appropriée que K. Dick n’est pas franchement le plus grand psychologue de l’histoire de la littérature. Seulement, ses personnages existent, aussi schématiques soient-ils. Chez Ballard, il y a juste de la tôle froissée.
Par contre, le film de Cronenberg n’est pas mal du tout (même s’il ne vaut pas Videodrome). L’absence de récit, d’un emmerdement abominable par écrit, crée une stase beaucoup plus supportable au cinéma. Dans un vieil entretien aux Inrocks, Cronenberg reconnait d’ailleurs avoir trouvé le livre plat, attendu six mois pour le finir mais s’être décidé d’un coup à l’adapter sans trop comprendre pourquoi.
(Au passage, le numéro date de 1996 et cette interview mise à part, il n’y avait déjà rien à sauver dans le magazine : donc, pas de passéisme mal placé.)
Mais je ne pouvais pas vous faire attendre un mois sans happy-end. J’ai bien aimé American Psycho, et je suis toujours avec elle.
nov
9
Ca ne rigole pas au Femina
novembre 9, 2009 | Tagged Aubry, Femina, Forunier, Haenel, Ndiaye, Personne | Un commentaire
Femina 2008 : Jean-Louis Fournier pour Où, on va, papa ? son bouleversant témoignage rempli d’humanité sur ses deux gamins handicapés mentaux. Femina 2009 : Gwenaëlle Aubry pour Personne, un poignant récit sur la descente de son père dans la folie. Les styles changent, le principe reste, le lecteur peut s’abstenir.
Mais au moins, on a évité la baudruche Jan Karski de Yannick Haenel, qui s’est complétement dégonflée après avoir été grillée au Goncourt par le Marie Ndiaye dans la catégorie je joue au chef d’oeuvre.
nov
4
Le Médicis a toujours bon goût
novembre 4, 2009 | Tagged Enigme du retour, Halde, Laferriere, Levy, Médicis, Ndiaye | Leave a Comment
Il est temps pour ce blog que le rush des prix littéraires s’achève. C’est juste bon à torcher des embryons d’articles – un camarade m’a d’ailleurs coincé dans un couloir pour se plaindre de la teneur très réduites de mes derniers posts. En plus, ils n’ont pas encore récompensé de roman scandaleusement mauvais, ce qui me plonge dans un neurasthénique manque d’inspiration. Dont acte avec le Médicis qui va à L’Enigme du Retour de Dany Laferrière – sûrement le meilleur ouvrage primé depuis une semaine (avec le Goncourt de Ndiaye, les quotas ethniques sont sacrément bien remplis – la HALDE va jouir). Bel effort d’un membre du jury qui a voté pour le Justine Lévy : il souhaitait certainement me fournir un peu de biscuit, mais il n’a pas été suivi. Merci, quand même.
Dany Laferrière lit un passage du bouquin, pour ceux qui ont la flemme d’aller se décider en librairie :
nov
3
Prix Décembre pour Toussaint.
novembre 3, 2009 | Tagged Decembre, Toussaint | Leave a Comment
Mince, pas d’explosion au prix Décembre, malgré les promesses de mon camarade septuagénaire. Le prix va à La Vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint, auteur qui fut bon voici une vingtaine d’années. Tout pour aujourd’hui.
nov
2
Le Goncourt et le Renaudot ronronnent
novembre 2, 2009 | Tagged Beigbeder, Femina, Gaude, Goncourt, Littell, Ndiaye, Quignard, Renaudot, Roze, Rufin, Schuhl | 2 commentaires
On l’attendait tous : le menu du prix Goncourt aura finalement offert au jury :
- Terrine de gibier aux truffes et foie gras
- Crème de marrons à la poule faisane
Bravo, ceci est un message caché
- Bar poché au jus iodé de coquillages
- Tatin de légumes
- Perdreau gris et pommes au lard
- Munster
- Tatin aux coings et Glace à la vanille.
Le tout arrosé de champagne blanc de blancs, Puligny Montrachet 2006, Château Rauzan Ségla 2003, Riesling Schlumberger, et Tokay Azu 2000.
Accessoirement, le prix va à Marie Ndiaye. Vendredi, j’avais promis des ricanements. Hélas pour moi, Trois femmes puissantes a beau ne pas être l’écrasant chef-d’oeuvre décrit un peu partout , il rejoint la courte liste des Goncourt très corrects (Littell, Quignard, Schuhl, ces dernières années) et non celle des grosses blagues (Rufin, Gaudé, Van Cauwelaert, et l’inénarrable Pascale Roze). Ce qui est quand même une belle performance pour un livre écrit par une femme.
Quant au Renaudot pour Beigbeder, c’est un peu moins la honte pour lui que l’Interallié à Windows on the World en 2003. Le buzz sur le thème “le dernier Beigbeder est moins con que d’habitude” a donc fonctionné. Ce n’est pas non plus une raison pour lire Un roman français, mais j’avoue trouver amusants les entretiens qu’il mène pour GQ.
Tout cela manque tristement d’aigreur. Et comme le Femina ne pourra pas faire pire que Jean-Louis Fournier l’an dernier, ça risque de continuer.
oct
30
Grand prix de l’Académie Française pour Michon
octobre 30, 2009 | Tagged academie francaise, michon, onze | Un commentaire
Tout est dans le titre : les barbons verts ont donné le premier prix littéraire de la saison aux Onze de Pierre Michon. Tout le monde en disait du bien depuis sa sortie au printemps. A raison, hélas pour mon aigreur, même si on peut toujours chicaner en affirmant que ça ne vaut pas les Vies minuscules. Bref, pas grand-chose sur quoi râler, c’est chiant. Heureusement que Goncourt et Renaudot arrivent lundi pour se dérider un peu.