My lost city

Jeudi, août 6th, 2009

Self-Portrait in My Room, NYC, 1983 © Nan Goldin

LITTERATURE. « J’ai habité New York vingt-huit ans mais, ces derniers temps, je m’étais éloigné pour vivre à la campagne, à deux heures d’ici. Je suis parti pour des raisons pratiques (un enfant, le besoin d’espace), mais aussi parce que la ville avait changé, qu’elle avait été envahie par l’égoïsme et le culte de l’argent. Cette semaine, j’ai passé mon temps à traquer les nouvelles sur la Toile (je n’ai pas la télévision), et je me suis aperçu que je serai new-yorkais jusqu’à ma mort. D’habitude, je suis le contraire d’un nationaliste : j’ai un passeport belge bien que je n’ai pas vécu là-bas depuis quarante ans. Je me suis totalement assimilé à la vie et à la culture américaine à laquelle j’ai consacré le plus clair de ma carrière, mais je me suis toujours senti éloigné de la nation en tant que telle. Et je me rends compte que ma vraie nationalité est new-yorkaise ».

Luc Sante est écrivain et critique littéraire, notamment au New Yorker et New York Review of Books. L’essai My lost city concernant les changements de New York vient d’etre publié par Editions Inculte. Un portrait de la ville des années 70. Extraits.

« En marge des lourds problèmes de violence, de drogue et d’insalubrité, il y avait le fait que, dans les années 1970, New York semblait ne pas faire partie des Etats-Unis. C’était une interzone offshore, sans centre commerciaux, avec peu de grandes enseignes, pas de terrains de golf ni de maisons avec dépendances, et les rares chrétiens qu’on y croisait ne fréquentaient l’endroit que par charité. Dans le centre-ville, nous étions bien sur fiers de cela. Nous considérions qu’il s’agissait d’une ville libre, comme l’un de ces nids d’intrigues et de licence de l’avant-guerre où les exilés, les fugitifs et les réfugiés trouvaient un abri dans un improbable melting-pot ».

Une interview de Luc Sante est publiée dans le magazine littéraire américain The Believer. Et sur son blog Pinakothek, où il se décrit comme ça : generally I favor humble over great, marginal over central, old over new–but not always, because like a four-sided porch I’m open to all winds.

Les dimanches de Jean Dézert

Vendredi, mars 27th, 2009

LITTERATURE. « La pluie a commencé, pluie d’automne, sans sursis, définitive. Il pleut partout, sur Paris, sur la banlieue, sur la province. Il pleut dans les rues et dans les squares, sur les fiacres et sur les passants, sur la Seine qui n’en a pas besoin. Des trains quittent les gares et sifflent; d’autres les remplacent. Des gens partent, des gens reviennent, des gens naissent et des gens meurent. Le nombre d’âmes restera le même. Et voici l’heure de l’apéritif ». Les dimanches de Jean Dézert commence comme ça. Un regard qui cristallise l’essence de la ville au début de siècle.

 1910. Maison Laurent au 198, Rue de Vaugirard, XVe arr.

Le pamphlet Les dimanches de Jean Dézert a été publié en 1914, écrit par Jean de La Ville de Mirmont. Ami de François Mauriac, cet écrivain bordelais est mort au front la même année de sa publication. A 22 ans il s’installe à Paris, où il habite avec un singe, Caliban, et sa maîtresse. Jean Dézert, antihéros et alter-ego de l’écrivain, est le protagoniste du livre. Un flâneur dans une ville où le hasard des prospectus publicitaires deviennent les traces d’un parcours absurde. Jean Dézert traverse ainsi un Paris proto-consumeriste fils des expositions Universelles du 1889 et du 1900. Il entre dans sa crémerie, rue de Bac. Il feuillette les bouquins du quai Voltaire. Il visite Les piscines d’Orient, rue Monge, et la lavatory rationnel de la rue du Faubourg-Montmartre. Un déjeuner au restaurant végétarien, antialcoolique, spécialités hygiéniques de la rue Vaugirard. Encore un cinéma, rue de la Gaité. Enfin le rencontre avec Elvire Barrochet au Jardin des Plantes, devant le bassin des otaries. Ensemble, ils poussent jusqu’aux alligators. Un livre qui parle de rien.

La ville vodorosli

Mardi, février 24th, 2009

LITTERATURE . Il vient d’arriver à Venise, à la gare Santa Lucia. Il fait nuit. Le poète russe Joseph Brodsky touche pour la première fois les cigarettes italienne MS – “Mort Sûre” ou messis summa ? - en observant les bateaux défiler lentement face à la gare grise, souvenir fasciste en béton. Assis sur les gradins de cette ville inconnue, il respire l’odeur du bonheur: «  les algues marines en-dessous de zéro ». Le monde végétal et l’univers aquatique se rencontrent dans le même élément, vodorosli.

Venise, moitié ville moitié île, a été racontée et photographiée d’innombrables fois. Brodsky, qui repose dans l’île-cimetière de San Michele, arrive à dominer cette monstre marin en arrachant l’essence même de Venise, un endroit où la métaphysique s’approche inexplicablement à la réalité.

« Il lento procedere del vaporetto attraverso la notte era come il passaggio di un pensiero coerente attraverso il subconscio. (…) Poi, per un momento, il cielo fu oscurato dalla vasta parentesi marmorea di un ponte, e di un colpo tutto fu inondato di luce » Joseph Brodsky, Fondamenta degli Incurabili, 1989

mise en Seine

Mardi, janvier 27th, 2009

Paris en 1943, André Zucca

HISTOIRE. Sur la carte de Paris, la Seine ressemble à la bosse d’un chameau. Plusieurs sont les histoires concernantes cette rivière. Comme l’Inconnue de la Seine. Il s’agit de la légende d’une fille qui se suicide. Le corps de l’Inconnue est repêché dans la Seine et un employé de la morgue, séduit par sa beauté, décide de faire un moulage en plâtre de son visage. Au cours des années suivantes, les bohèmes parisiens utilisent la masque de l’Inconnue comme ornement sur les murs de leurs maisons.

Paradigme esthétique du début 1900, cette figure légendaire est présente dans la production littéraire de Camus, Rilke, Louis Aragon. Et dans les photos de Man Ray. Selon l’affichiste George Villa qui tenait cette information de son maître Jules Lefebvre, l’empreinte fut prise sur le visage d’une jeune modèle qui mourut de tuberculose vers 1875.