Les interstices urbains II

Mardi, février 17th, 2009

The Butterfat Gang

The Butterfat Gang

CONFLIT URBAIN. A propos des jeunes des cités, certains blogs “Skyrock” sont souvent plus exhaustifs que les reportages télé. Cachés dans la toile, dans les commentaires d’un vieux blog, les jeunes nous entrainent dans l’univers linguistique et géographique d’un Paris inconnu. La guerre entre bandes d’ados – parisiennes ou de banlieue, virtuelles ou réels – sont très construites. Un langage qui est fils de l’argot des SMS, d’Internet et de la banlieue. Un univers codifié qui s’alimente de la culture hip-hop et de sa musique. A Courbevoie, c’est le rap de Fossoyeur ou Nino qui racontent la vie dans la cité. C’est L’école de la street, Ghetto et Guerrillapocalypse.

PANAME VS 93.Ya des coins chaud bouillant ds la capital et qui sont bien plus chaud que nimporte kel banlieu” écrit Alfa dans le blog Les pires quartiers d’IDF. Crée par un étudiant de vingt-six ans, il s’agit d’un vrai manuel sociologique de la lutte entre cités en Ile-de-France, sourcé par l’Insee, L’Express et Le Monde Diplomatique. Comme d’habitude, le dernier post date du 2007, mais les commentaires sont nombreux et très récents.

Un jeune du 95 réplique à un autre keum de Nantes “Le mek de te-nan c un gro rageu parlé ap avk lui c un pti boloss com jlui avé expliké ya lonten“. Les mots disparaissent en laissant place à une série de lettres isolées à décrypter.

photo: anyjazz65

Les interstices d’aujourd’hui

Vendredi, janvier 30th, 2009


CONFLIT URBAIN. Ils se donnent rendez-vous sur un vieux blog Skyrock, karim750101. Le dernier post remonte au 27 août 2005. Mais les derniers commentaires, bien cachés derrière l’apparence d’un site abandonné, sont au nombre de 2024. Les appartenants aux bandes de Paris se mettent en avant, s’insultent, se provoquent. Comme s’il s’agissait d’un groupe de gangsters qui se passent des messages secrets dans une zone industriel.

Le commentaire le plus récent a été posté il y a 40 minutes. “MAIS PUT1 ARETEZ LES FRERES YA DES COINS CHAUDS DANS TOUT LES ARRONDISSEMENTS DE PANAME ET SES LES CITES QUI COMPTE PAS LES ARRONDISSEMENTS ET TOUT LES ARRONDISSEMENTS A PARTIR DU 10 ONT DES CITES CHAUDE” a posté hier PANAME UNITED. Paris Nord Sale insulte Panam Sud: “GARDEZ LA PECHE LES PUTES DU SUD VOUS NOUS FEREZ TJ AUTANT MARREZ LES AMATEURS LOL“. Morsay vient de la banlieue: “moi jdi les kartiers 2 panam kon respecte en banlieue c barbes, riket, cambrai, pdf, clicli ca c la mif, pdv, gab, danube, belleville, la brilla, srelpa, la banane,la tourj“.

Parce que c’est ça finalement. Classement et respect. Chaque personne qui poste un commentaire récrit le classement des quartiers chauds. Des quartiers – des tieks – qu’on respecte. Après, c’est la confrontation. Chaque bande, HLM, cité, rue ou quartier, est en guerre contre un autre. La Grange Aux Belles contre Rebeval. Place de Fêtes contre Danube. Glacière contre Alésia. Et chaque arrondissement a son rap. Le XVIIIe, c’est le rap militant. Les “mecs de Jaurès” écoutent RDG.

Comme les bandes de Chicago des années 20, les bandes parisiennes d’aujourd’hui communiquent dans les interstices virtuels de la société contemporaine: les commentaires d’un blog abandonné il y quatre ans.

Les interstices urbains

Jeudi, janvier 29th, 2009

CRIMINALITE. Chicago, années 20. La ville était le terrain de jeu de 1313 bandes, selon le sociologue américain Frederic Milton Thrasher. Des adolescents et des jeunes appartenants au Baquet de sang ou aux Aubépines durs. Les bandes constituait la gangland, une zone interstitielle, dans la complexe structure de la ville. L’antropologue Ulf Hannerz voit dans ces interstices urbains, “la frontière morale et culturelle qui permettait à la nature humaine de s’exprimer dans toute sa brutalité“. C’était donc la désorganisation politique et sociale qui permettait la création des bandes dans ces lieus. Les gangs étaient “un effort spontané des jeunes pour créer une société” là où les institutions les abandonnaient.

La carte dessinée par Thrasher est disponible on-line sur le site de l’Université de Chicago.

Paris, géographie de la violence

Mardi, janvier 27th, 2009

Le criminel, Gianluigi Toccafondo

CRIMINALITE. J’habite dans le 10e mais je ne vois rien de ce qui se passe pendant la journée. Ou la nuit. Agressions, drogues, braquages, incendies, accidents… Risk in Paris enregistre toutes ces informations. Un blog citoyen qui utilise la géolocalisation pour connaître “les faits divers autour d’une adresse dans la région parisienne pour pouvoir mesurer sa sécurité“. En signalant les accidents grâce à la technologie Google Maps on découvre l’historique de la violence urbaine dans notre quartier.

En suivant la meme logique du site parisien, Spot Crime, montre la vie criminelle de New York. A Londres c’est sur le site officiel de la police, Met’s Crime Mapping, qu’on peut visualiser les crimes, quartier par quartier.