Constructions digitales

Samedi, mars 14th, 2009

WEB. L’architecture du monde virtuel est fondée sur deux principes: reproduction et création. Dans le premier cas, on utilise la technologie pour reproduire le monde réel en ajoutant des informations et des bases de données faciles à consulter on-line. Par exemple Panoramio.com, Google Maps, Pagesjaunes.fr et tous ce qui concerne la géolocalisation. A l’inverse, dans le deuxième cas, on s’inspire des images qu’on a vues – de la réalité – pour essayer d’inventer un univers avec de nouvelles règles graphiques et esthétiques. La création utilise la réalité comme alibi pour inventer de nouvelles choses.

Prenez Yoowalk.com. Une ville, un blog, un jeu vidéo, un social network et un chat. L’idée c’est de pouvoir marcher sur Internet en 3D – pourquoi a-t-on surfé dans le passé ? – en visitant le sites des journaux, des services et des boutiques. CNN a sa maison. Time son carré rouge. The Weather Channel juste un gros soleil. Le building du New York Times est une machine à écrire avec une tasse de café à coté. Les marques de luxe sont déjà présentes. Gucci et Louis Vuitton ont construit deux box assez mystérieuses. On trouve aussi les maisons d’Orangina, Virgin, le magazine Voici et l’association Act Up Paris.

L’univers Yoowalk.com rappelle les plans de Super Mario Bros. Les univers thématiques – le monde souterrain, le monde sous-marin, le monde aérien… – n’avaient pas de sens, mais finalement ils nous amusaient bien et on suivait les règles sans trop discuter. Yoowalk propose une version d’Internet qui passe du web 2.0 au web 3D.

« YOOWALK is organized by villages, grouping websites and brands by areas of interest. When you walk down the streets in one of these villages, you thus see schematic buildings that represent the major websites on a particular subject. You walk around the web », extrait de Yoowalk.com. Le créateur du site est Xavier Marvaldi, ancien directeur du pôle développement du groupe Canal+.

Les formes de l’utopie

Samedi, février 7th, 2009

RETROFUTURISME. Visionnaire. Utopiste. Libre. À 86 ans, l’architecte franco-hongrois Yona Friedman séduit urbanistes et intellectuels avec une alternative aux HLM de la banlieue et aux gratte-ciels intra-muros: Paris spatiale. Un projet dessiné en 1958 qui fait encore rêver les Français.

Après la faillite de la ville horizontale des années 70, dont les citoyens les plus défavorisés ont été et sont les premières victimes, Paris essaye de réfléchir à une nouvelle dimension : la ville verticale. Les gratte-ciels du quartier de Bercy, la relance de la Défense avec les tours du studio Morphosis et Jean Nouvel et la Pyramide Delanoë signée Herzog&de Meuron. Des tours pour oublier la “Sarcellite “donc. Mais cela n’est certainement pas un projet ambitieux comme il apparaît dans les renderings multicolores pour les magazines. Il s’agit plus simplement de créer de structures isolées pour fournir des espaces nouveaux aux entreprises qui veulent rester dans Paris intra-muros. Le Grand Paris reste le vrai défi auquel les institutions et les architectes doivent se confronter. Des solutions pour la ville, animal en devenir et terrain de jeu des acteurs politiques et intellectuels, qui puissent être valable à long terme.

Et c’est peut-être parce que sa pensée – tant sur le plan théorique que sur le plan esthétique – arrive à conjuguer la ville verticale avec une dimension intégrée, que le travail de Yona Friedman intéresse à nouveau les architectes.
Né à Budapest en 1923, il s’expatrie en Israël en 1946 où il fait l’expérience de la vie communautaire dans un kibboutz. Définitivement installé à Paris en 1957, il étudie l’habitat préfabriqué et l’esthétique de la simplicité, en prenant ses distances avec Le Corbusier et les grands ensembles en construction en banlieue. « Les villes-satellites les plus modernes ne sont que des villes-dortoirs: leurs habitants ne les ont pas choisies et elles ont été crées de toutes pièces uniquement pour alimenter les usines voisines en énergie humaine ; envahies par l’ennui et abandonnées par la jeunesse dès qu’elle en a la possibilité » explique Friedman.

L’absence de vie, l’isolement, la pratique tayloriste dans l’architecture et la méthode coercitive qu’emprisonne l’habitant dans l’habitat, se confrontent avec la Ville Spatiale de Friedman. Une structure surélevée de 35 mètres au-dessus du sol par un système de pylônes où une nouvelle ville suspendue prendrait place. Paris devient ainsi un vaste damier aérien, comportant toujours le même nombre de cases vides, pour que le citoyen puisse changer la position de son habitat selon ses envies. Une ville mobile, dynamique, constituée par des formes libres et erratiques. Et surtout au service des citoyens. « L’architecte n’est plus le concepteur-organisateur, mais il est un consultant fournissant des connaissances en écologie » souligne-t-il.

Inspiré et inspirateur du courant des architectes métabolistes japonais – Kenzo Tange, Kisho Kurokawa et Kiyonori Kikutake – et du mouvement anglais Archigram, Yona Friedman a été l’un des plus importants représentants de l’architecture utopiste en Europe en marquant le signe d’une époque, les années 60, et en créant un nouveau langage. Peut-être pas trop bien compris dans le passé. L’architecte italien Matteo Costanzo a travaillé avec lui: « Aujourd’hui on retient le courage de ses raisonnements très simples, infantiles même, qui donnent vie à un espace urbain différent, où les citoyens peuvent transformer leur habitat ». Jusqu’à présent ses projets n’ont jamais été réalisés, mais «son message politique a été fondamental pour des architectes comme Bernard Tschumi ou Rem Koolhaas, qui ont réussi a  mieux se positionner dans le marché», insiste Costanzo.

Aujourd’hui, la galerie Kamel Mennour à Paris expose ses maquettes, ses vieux collages d’un Paris jamais vu. Prélevées dans son appartement – récemment devenu patrimoine artistique de la Ville -, les maquettes racontent l’univers que Friedman a construit au fil de toutes ces années. Les merzstructures confectionnées à partir d’emballages pharmaceutiques, les griboullis et les macaronis réalisés avec des câbles électriques et les froissés en suspension comme des nuages. « Voir les oeuvres de Yona Friedman dans une galerie est signe d’une vraie acceptation de l’architecture comme discipline artistique – un peu comme la photographie à partir des années 70. Et aussi une prise de conscience de l’ampleur de son travail, trop longtemps négligé », explique Femke Van Heste, chercheuse de sociologie de l’art à l’Université de Rotterdam.

Pour l’avenir de l’Europe, ce futurologue visionnaire, avait proposé la Continent City. Un projet pour éviter l’explosion de la mégalopole, réalité urbaine très polluante et insoutenable, grâce à un réseau de transports entre plusieurs villes. Et la réalité semble rassembler de plus en plus à ça. « Aujourd’hui, qu’est-ce que l’Europe sinon un réseau de 150 villes ? ». L’utopie donc, c’est possible.

Galerie Kamel Mennour, 47 rue saint André de arts 75006 Paris | Yona Friedman. Part 2: Maquettes d’études 06/02 – 07/03

streamline mOderne

Vendredi, février 6th, 2009

Maurice Chevalier au bord de le Normandie

NAUTIQUE. En 1932, le Normandie, un paquebot transatlantique construit par le Chantier de Penhoët à Saint-Nazaire, commence ses aller-retours entre l’Europe et les États-Unis. Un navire d’une longueur de 313 mètre et une capacité de 1355 personnes.

C’est l’architecte russe Vladimir Ivanovich Yourkevitch qui dessina la carène “caractérisée par une rentrée des parois de l’avant, là où les paquebots précédents étaient plutôt renflés. Ceci permettait une meilleure pénétration de la coque mais un léger déséquilibre qui fut compensé par un bulbe situé sous l’étrave” explique Wikipedia.fr. L’intérieur fut dessiné par Pierre Patout et Henri Pacon. La salle à manger des enfants était entièrement décoré par Jean de Brunhoff avec les dessins de l’éléphant Babar. On y trouvait encore des piscines couvertes et découvertes, un cinéma, une chapelle… Un tourisme de luxe sur les flots.

L’euphorie des voyages transatlantiques et la confiance dans le progrès séduisent les villes. L’architecture nautique s’invite dans les rue de Paris, New York et de Londres, où les architectes s’amusent à utiliser les formes et les proportions des grands navires. Le style paquebot – ou Patou – est caractérisé par une construction légère et des surfaces blanches. De longues lignes horizontales, des formes courbes et des fenêtres en bandeaux. Et, dernier détail, des hublots.

Plus de détails sur le Normandie. Et les membres de l’équipage.

style paquebot II

Vendredi, février 6th, 2009

ARCHITECTURE. Essoldo Theatre, Manchester. Bâtiment abandonné – connu sous le nom de Longford Cinema -, il a été conçu par Henry F. Elder en 1936. Dans les années 70, il a été converti en salle bingo. Il reste aujourd’hui inutilisé.

Photocatalyse du ciment

Lundi, février 2nd, 2009
POLLUTION. L’avenir d’une ville pourrait dépendre du ciment utilisé pour sa construction. Italcementi, une entreprise italienne crée en 1864, est le cinquième producteur de ciment au monde, avec un chiffre d’affaires de 6001 millions d’euros. La holding de la famille Pesenti, installée à Bergame – à coté de Milan – a produit un nouveau genre de ciment dépolluant et auto-nettoyant: le TX Active. Le taux de gaz polluants dans l’air est réduit de 20 % à 80 % par rapport à une rue bordée de bâtiments en béton classique. C’est le dioxide de titanium – le catalyseur – qui est capables de décomposer par oxydo-réduction certaines substances organiques et inorganiques présentes dans l’atmosphère.

Le ciment Portland est fabriqué à partir d’un mélange d’argile et de calcaire broyé que l’on chauffe pour former un clinker avant d’être réduit en une poudre fine. Cette poudre doit présenter des proportions fixées à l’avance en calcium, en aluminium, en silicium et en fer. L’addition d’eau produit alors une pâte qui prend en durcissant. On mélange ce ciment Portland à du sable et à des cailloux afin d’obtenir divers types de béton. Extrait de l’Encyclopédie Encarta.

MEDIAS+. Un article concernant TX Aria est sorti ce mois dans Chronicart. Une belle nouvelle pour l’environnement et l’avenir de la ville. Tellement belle que j’ai décidé d’écrire un post, meme si ça date de 2006.

megaMILANO

Dimanche, février 1st, 2009

RETROFUTURISME. En 1913, l’architecte italien Antonio Sant’Elia dessine la Città Nuova. Une idée pur l’avenir de Milan. En s’éloignant de l’éclectisme de son époque, dominée par l’ornement, Sant’Elia se concentre sur la fonctionnalité de ses projets. Formes, matériaux et structures à la recherche d’une dimension moderne. Le marbre est remplacé par le béton, symbole de l’industrie. Les façades sont nues. Sans déco ni sculptures. Le point de départ de ses réflexions est le vie urbaine dynamique, mobile, sans arrêt.

«On sent que nous ne sommes plus les hommes des cathédrales (…); mais des grands hôtels, des gares, des boulevards immenses, des ports colossaux, des marchés couverts, des galeries lumineuses, (…) des démolitions salutaires. On doit inventer et construire ex novo la ville moderne comme un immense chantier agité, agile et dynamique.

Et la maison moderne comme une machine gigantesque. Les ascenseurs ne doivent pas se tapir comme des vers solitaires dans les escaliers; au contraire il faut enlever les escaliers- devenus inutiles – et les ascenseurs doivent grimper le long des façades comme des serpents de fer et de verre. La maison en béton, en verre, en fer, sans sculpture, riche simplement de la beauté intrinsèque à ses lignes et ses reliefs;

Extraordinairement laide dans sa simple mécanique, grande et large comme nécessaire, et pas en suivant la loi municipale, la maison doit s’élever au bord d’un abysse: la rue, qui ne s’étalera plus (…) au niveau des loges des concierges, mais s’affaissera à plusieurs niveaux qui accueilleront le trafic métropolitain et seront reliés par (…) des passerelles métalliques et tapis roulants».

Extrait du Manifeste de l’architecture futuriste, Antonio Sant’Elia.

Grandville lumière | 1 |

Samedi, janvier 24th, 2009

LA VILLE QUI N’EXISTE PLUS.L’Europe s’est déplacée pour voir des marchandises” dit Hippolyte Taine en 1855. Ces marchandises ont fait rêver 50 millions de visiteurs lors de l’Exposition universelle du 1900. L’organisation de l’événement – du 15 avril au 12 novembre - a coûté 18.746.186 $. Le vrai spectacle était la présence de l’électricité et de la technologie dans toutes ses applications. On entend pour la première fois le mot télévision. La grandeur de l’architecture. La splendeur des distractions. L’industrie de plaisance. 

“Les expositions universelles furent une école où les foules écartés de force de la consommation se pénètrent de la valeur d’échange des marchandises jusqu’au point de s’identifier avec elle: Il est défendu de toucher aux objets exposés”. Elles donnent ainsi accès à une fantasmagorie où l’homme pénètre pour se laisser distraire. Extrait de Grandville ou les expositions, Walter Benjamin.

Le Palais du Trocadero est un exemple d’architecture éphémère. Démolit en 1937, c’est une oeuvre de l’architecte français Jean-Antoine-Gabriel Davioud, auteur du Théâtre du Châtelet, du Théâtre de la Ville et de la fontaine de Saint-Michel. Fasciné par l’architecture orientale en vogue au début du siècle, il dessinera aussi le Temple de la Sybille sur l’ Ile du Belvédère au parc des Buttes-Chaumont.

Le trottoir roulant. Il marche à deux vitesses: 4,2 km/h et 8,5 km/h. Il est installé sur un viaduc à 7 m de haut et court sur 3 km, du quai Branly, à l’Ecole militaire, jusqu’aux bords de Seine.

Palais de l'Electricité & Chateau d'Eau

Palais de l’Electricité et Château d’Eau. De style Louis XV, il se creuse en forme de grotte et s’étage en vasques superposées jusqu’à un large bassin agrémenté de jets d’eau. La quantité d’eau fournit est de 2000 litres à la seconde.

Le pavillon du guide remboursable du journal Le Matin. Il rembourse à ses acheteurs les 2 francs qu’il coûte et les fait participer à d’innombrables avantages et cadeaux offerts par le commerce français aux visiteurs de l’exposition. Le journal, lancé en 1883 par le groupe de financiers américains Chamberlain and Co est disparu en 1944.

Le pavillon Lèfevre-Utile (LU). La marque nantais, aujourd’hui rachetée par le groupe Danone, proposait ses produits dans son propre pavillon. L’architecte Auguste Bluysen, qui dessinera Le Grand Rex en 1932, construit une tour en forme de phare de 36 mètres de haut. Le phare s’illumine chaque nuit avec le monogramme LU illuminé.

Contre l’architecture

Vendredi, janvier 23rd, 2009

LIVRES. Le dernier essai de l’architecte italien Franco La Cecla, Contre l’architecture, est le genre de livre que j’adore. 115 pages, couverture monochrome et des histoires inédites.

1. La Courneuve 4000 SUD | En mars 1956, dans la banlieue nord de Paris, commence la construction d’une cité de 4000 logements. Les architectes Clément Tambuté et Henri Delacroix sont chargés du projet.

L'unité d'habitation développé par Le Corbusier

Les 4000 de La Courneuve sont construits en béton et selon les techniques les plus performantes de l’époque, à savoir le béton coulé sur place, l’utilisation du chemin de grue et les coffrages en tunnel. Le principe de la technique dite « du chemin de grue », permettant de réaliser de façon rationnelle de longues barres ponctuées de quelques tours, consiste à utiliser une voie ferrée sur laquelle roule la grue qui élève les composants et disposant ainsi, de part et d’autre de son « chemin », plusieurs immeubles rectilignes. La logique industrielle de la réalisation des 4000 est typique du taylorisme appliqué au secteur du bâtiment : répétition du travail et spécialisation des tâches organisées selon un planning très strict. Les façades des barres des 4000 illustrent parfaitement ce principe. Chaque façade est constituée de panneaux, toujours le même, dans lequel est insérée, à chaque fois, la même fenêtre coulissante. L’apparente variation de couleur consiste à inverser les panneaux, la couleur une fois à gauche, une fois à droite. Extrait de tourisme93.com

Depuis des années cette cité est victime de la criminalité, de l’isolement et de l’indifférence des institutions. L’anthropologue Alessia De Biase recueille les histoires des gens que habitent la cité. Pour comprendre comment sortir de l’anonymat – de la faillite ? – des formes architecturales et s’approprier, et domestiquer, les espaces. laacourneuve.wordpress.com

2. Le quartier dortoir . La laideur de la banlieue est liée au confinement dans l’espace domestique de la famille ouvrière, de la réduction de la vie à un théâtre d’ombres privées.

3. Renzo Piano, Columbia University et Harlem. Ou comment un architecte n’arrive pas à s’imposer face à un client trop puissant.

Contro l’architettura, Franco La Cecla | Bollati Boringhieri, 2008