Archive for janvier, 2009

Les interstices d’aujourd’hui

Vendredi, janvier 30th, 2009


CONFLIT URBAIN. Ils se donnent rendez-vous sur un vieux blog Skyrock, karim750101. Le dernier post remonte au 27 août 2005. Mais les derniers commentaires, bien cachés derrière l’apparence d’un site abandonné, sont au nombre de 2024. Les appartenants aux bandes de Paris se mettent en avant, s’insultent, se provoquent. Comme s’il s’agissait d’un groupe de gangsters qui se passent des messages secrets dans une zone industriel.

Le commentaire le plus récent a été posté il y a 40 minutes. “MAIS PUT1 ARETEZ LES FRERES YA DES COINS CHAUDS DANS TOUT LES ARRONDISSEMENTS DE PANAME ET SES LES CITES QUI COMPTE PAS LES ARRONDISSEMENTS ET TOUT LES ARRONDISSEMENTS A PARTIR DU 10 ONT DES CITES CHAUDE” a posté hier PANAME UNITED. Paris Nord Sale insulte Panam Sud: “GARDEZ LA PECHE LES PUTES DU SUD VOUS NOUS FEREZ TJ AUTANT MARREZ LES AMATEURS LOL“. Morsay vient de la banlieue: “moi jdi les kartiers 2 panam kon respecte en banlieue c barbes, riket, cambrai, pdf, clicli ca c la mif, pdv, gab, danube, belleville, la brilla, srelpa, la banane,la tourj“.

Parce que c’est ça finalement. Classement et respect. Chaque personne qui poste un commentaire récrit le classement des quartiers chauds. Des quartiers – des tieks – qu’on respecte. Après, c’est la confrontation. Chaque bande, HLM, cité, rue ou quartier, est en guerre contre un autre. La Grange Aux Belles contre Rebeval. Place de Fêtes contre Danube. Glacière contre Alésia. Et chaque arrondissement a son rap. Le XVIIIe, c’est le rap militant. Les “mecs de Jaurès” écoutent RDG.

Comme les bandes de Chicago des années 20, les bandes parisiennes d’aujourd’hui communiquent dans les interstices virtuels de la société contemporaine: les commentaires d’un blog abandonné il y quatre ans.

Les interstices urbains

Jeudi, janvier 29th, 2009

CRIMINALITE. Chicago, années 20. La ville était le terrain de jeu de 1313 bandes, selon le sociologue américain Frederic Milton Thrasher. Des adolescents et des jeunes appartenants au Baquet de sang ou aux Aubépines durs. Les bandes constituait la gangland, une zone interstitielle, dans la complexe structure de la ville. L’antropologue Ulf Hannerz voit dans ces interstices urbains, “la frontière morale et culturelle qui permettait à la nature humaine de s’exprimer dans toute sa brutalité“. C’était donc la désorganisation politique et sociale qui permettait la création des bandes dans ces lieus. Les gangs étaient “un effort spontané des jeunes pour créer une société” là où les institutions les abandonnaient.

La carte dessinée par Thrasher est disponible on-line sur le site de l’Université de Chicago.

Tout bien rangé

Jeudi, janvier 29th, 2009

ART. Publié dans les pages du spectaculaire magazine Le Tigre, on découvre le travail d’une artiste française, Armelle Caron. Elle a rangé cinq villes. Paris – dans l’image -, New York, Berlin, Istanbul et Tamarac.

Le Tigre, curieux magazine curieux. 104 pages | 6,80 euros

VILLE + MULTICULTI + WIKI

Mercredi, janvier 28th, 2009

LINGUISTIQUE. Le vieux dictionnaire d’étymologie n’est plus suffisant. La globalisation, internet, les sub-cultures qui deviennent main stream, l’immigration culturelle de masse. Beaucoup trop de nouveaux mots pour tous les connaître. Au moins le slang anglais et américain a été mis on-line grâce au projet wiki Urban Dictionary. Pour un seul mot, plusieurs définitions et des exemples postés par différents internautes.

Exemple d’une définition. France:

 
1. A Western European nation. Located slightly beneath Britain, in most or all senses.
2. Produces nice wine.
3. Produces nice cheese.
4. Produces shedloads of nuclear weapons, which are happily tested on small Pacific atolls home to endangered species of fish and pygmies.
5. The number one source of irritation for the rest of Europe. This manages to go unnoticed by many Americans, who assume the continent is a single amorphous blob.
6. Also the number one source of contention for the United States, having replaced the Soviet Union.
7. Has an annoying accent.
8. Dislikes British beef. This, as theory and experiment have shown, is due to France’s argumentative and overly vegetarian wussiness and has nothing whatsoever to do with life-threatening brain disease.
9. Dislikes Germany, for invading it repeatedly and being German.
10. Dislikes Britain for constant warfare, political disagreement and out of habit.
11. Dislikes the United States for its competition in the ‘irritating accents’ league table and also for having more nuclear weapons and cheese than France.
12. Dislikes…. well, most things, actually.
13. Is a thoroughly splendid country.
14. Is filled with thoroughly un-splendid French people.

mise en Seine

Mardi, janvier 27th, 2009

Paris en 1943, André Zucca

HISTOIRE. Sur la carte de Paris, la Seine ressemble à la bosse d’un chameau. Plusieurs sont les histoires concernantes cette rivière. Comme l’Inconnue de la Seine. Il s’agit de la légende d’une fille qui se suicide. Le corps de l’Inconnue est repêché dans la Seine et un employé de la morgue, séduit par sa beauté, décide de faire un moulage en plâtre de son visage. Au cours des années suivantes, les bohèmes parisiens utilisent la masque de l’Inconnue comme ornement sur les murs de leurs maisons.

Paradigme esthétique du début 1900, cette figure légendaire est présente dans la production littéraire de Camus, Rilke, Louis Aragon. Et dans les photos de Man Ray. Selon l’affichiste George Villa qui tenait cette information de son maître Jules Lefebvre, l’empreinte fut prise sur le visage d’une jeune modèle qui mourut de tuberculose vers 1875.

Paris, géographie de la violence

Mardi, janvier 27th, 2009

Le criminel, Gianluigi Toccafondo

CRIMINALITE. J’habite dans le 10e mais je ne vois rien de ce qui se passe pendant la journée. Ou la nuit. Agressions, drogues, braquages, incendies, accidents… Risk in Paris enregistre toutes ces informations. Un blog citoyen qui utilise la géolocalisation pour connaître “les faits divers autour d’une adresse dans la région parisienne pour pouvoir mesurer sa sécurité“. En signalant les accidents grâce à la technologie Google Maps on découvre l’historique de la violence urbaine dans notre quartier.

En suivant la meme logique du site parisien, Spot Crime, montre la vie criminelle de New York. A Londres c’est sur le site officiel de la police, Met’s Crime Mapping, qu’on peut visualiser les crimes, quartier par quartier.

Versailles par Luigi Ghirri

Mardi, janvier 27th, 2009

PHOTOGRAPHIE. Dans le monde, Versailles n’est pas une ville. Ce n’est pas un château non plus. Mais simplement un musée. En 1985, le photographe italien Luigi Ghirri le voit comme ça.

Tokyo à voir

Lundi, janvier 26th, 2009

« Emballage, fenêtre ou paroi, le verre fonde une transparence sans transition: on voit, mais on ne peut toucher. La communication est universelle et abstraite. Une vitrine, c’est féerie et frustration, mais aussi information, qui est la stratégie même de la publicité». Extrait de Le système des objets, Jean Baudrillard.

CONSOMMATION. On ne peut pas toucher donc, mais on peut regarder. On-line. Le web-magazine Japan Design Net recueille chaque semaine les images des vitrines de Tokyo. On peut se promener dans le rues d’Aoyama ou Ginza. “Keep your eyes on the windows, look inside, and you can see our lives there” écrit le site. Promenade d’un désir virtuel. 

« Le design est d’abord et avant tout affaire de désir, mais ce désir, étrangement, semble presque sans sujet ». Extrait de Design & crime par Hal Foster.

bar de l’Entracte

Dimanche, janvier 25th, 2009

Bar de l'entracte © Brice Canonne

HISTOIRE. Marcel debout, derrière le comptoir. Les mains sèches serrent une éponge rose. “J’habite en haut avec mon chat“. Il sorte le carnet des vaccinations. ”Pendant la journée il se promène dans le coins, mais le soir je l’enferme dans la pièce. Il pourrait se perdre“.

Portes et fenêtres n’empêchent pas le passage du vent. Le velour du banquette ne brille plus. Marcel passe l’éponge sur les tables. Il prend une bouteille de rouge. Un coup d’oeil à l’étiquette et le bouchon saute. PLAY. On écoute le cd de Barbara – le seul de la collection de Marcel.

Juste en face, les acteurs - très maquillés - du film Coco sortent du Théâtre du Palais Royal pour fumer. Ils tournent toute la nuit.

Marcel pose un petit plateau sur la table. Un peu de fromage et un bout de pain. Une femme fume dehors, le rouge à lèvres sur la coupe de champagne. Elle rigole et on entend les bronches grogner.

Bar de l’entracte. 47, rue Montpensier 75001 Paris

Grandville lumière | 1 |

Samedi, janvier 24th, 2009

LA VILLE QUI N’EXISTE PLUS.L’Europe s’est déplacée pour voir des marchandises” dit Hippolyte Taine en 1855. Ces marchandises ont fait rêver 50 millions de visiteurs lors de l’Exposition universelle du 1900. L’organisation de l’événement – du 15 avril au 12 novembre - a coûté 18.746.186 $. Le vrai spectacle était la présence de l’électricité et de la technologie dans toutes ses applications. On entend pour la première fois le mot télévision. La grandeur de l’architecture. La splendeur des distractions. L’industrie de plaisance. 

“Les expositions universelles furent une école où les foules écartés de force de la consommation se pénètrent de la valeur d’échange des marchandises jusqu’au point de s’identifier avec elle: Il est défendu de toucher aux objets exposés”. Elles donnent ainsi accès à une fantasmagorie où l’homme pénètre pour se laisser distraire. Extrait de Grandville ou les expositions, Walter Benjamin.

Le Palais du Trocadero est un exemple d’architecture éphémère. Démolit en 1937, c’est une oeuvre de l’architecte français Jean-Antoine-Gabriel Davioud, auteur du Théâtre du Châtelet, du Théâtre de la Ville et de la fontaine de Saint-Michel. Fasciné par l’architecture orientale en vogue au début du siècle, il dessinera aussi le Temple de la Sybille sur l’ Ile du Belvédère au parc des Buttes-Chaumont.

Le trottoir roulant. Il marche à deux vitesses: 4,2 km/h et 8,5 km/h. Il est installé sur un viaduc à 7 m de haut et court sur 3 km, du quai Branly, à l’Ecole militaire, jusqu’aux bords de Seine.

Palais de l'Electricité & Chateau d'Eau

Palais de l’Electricité et Château d’Eau. De style Louis XV, il se creuse en forme de grotte et s’étage en vasques superposées jusqu’à un large bassin agrémenté de jets d’eau. La quantité d’eau fournit est de 2000 litres à la seconde.

Le pavillon du guide remboursable du journal Le Matin. Il rembourse à ses acheteurs les 2 francs qu’il coûte et les fait participer à d’innombrables avantages et cadeaux offerts par le commerce français aux visiteurs de l’exposition. Le journal, lancé en 1883 par le groupe de financiers américains Chamberlain and Co est disparu en 1944.

Le pavillon Lèfevre-Utile (LU). La marque nantais, aujourd’hui rachetée par le groupe Danone, proposait ses produits dans son propre pavillon. L’architecte Auguste Bluysen, qui dessinera Le Grand Rex en 1932, construit une tour en forme de phare de 36 mètres de haut. Le phare s’illumine chaque nuit avec le monogramme LU illuminé.

Métabolisme / rétro-futurisme

Samedi, janvier 24th, 2009

ARCHITECTURE. “Dans les années 1950, la rénovation de la ville historique s’engage, parfois avec un violence irrémédiable pour certains sites comme Ménilmontant ou Les Halles. Des quartiers entièrement neufs sont ainsi aménagés, sans lien avec leur environnement et en reniement de leur passé”. Extrait de Paris visite guidée par Philippe Simon.

Esquisse de Yona Friedman

Sous l’impulsion de la croissance économique et de l’envie de reconstruire une société nouvelle, les années 60 sont marquées par des expériences utopistes – heureusement jamais réalisées.

Le Team X - Louis Kahn, Kenzo Tange, Kiyonori Kikutake, Kisho Kurokawa et Fumihiko Maki entre autres – concevait “la société humaine comme un processus dans le développement cosmique de l’atome à la nébuleuse“, comme explique le manifesto du métabolisme, le Taisha Kenchiku Ron. Plus simplement il s’agissait de la recherche d’un idéal pour la ville du future. Une grande machine qui aurait pu fonctionner pour toujours. Sans limites. Des megastructures qui bougent dans le ciel, ou des villes cachées sous la terre.

” Unlike the architecture of the past, contemporary architecture must be changeable, moveable and capable of meeting the changing requirements of the contemporary age. In order to reflect dynamic reality, what is needed is not a fixed, static function, but rather one which is capable of undergoing metabolic changes ” explique l’architect japonais Kiyonori Kikutake.

Place de la Bastille, Collage de Yona Friedman

Paris n’échappe pas à la tentation de rêver son futur. Après la révolution haussmanienne du XIX siècle, pendant les années 60 un certain nombre d’architectes proposent un nouveau modèle de développement. Jamais réalisés, les projets des architectes Yona Friedmann et Paul Maymont montrent, aujourd’hui, Paris sous un filtre rétro-futuriste, en posant une question vitale. Qu’est-ce qu’on attend de l’avenir ? Comment peut-on imaginer Paris dans le 2050 ?

Biggest cities (in milions)

Vendredi, janvier 23rd, 2009
  1. Tokyo, Japan 35,2
  2. Mexico City, Mexico 19,2
  3. New York, US 18,7
  4. Sao Paolo, Brazil 18,3
  5. Mumbai, India 18,2
  6. Delhi, India 15,0
  7. Shangai, China 14,5
  8. Kolkata, India 14,3
  9. Jakarta, Indonesia 14,3
  10. Buenos Aires, Argentina 12,6

Extrait de Pocket workd in figures, The Economist 2008.

CHIFFRES. Dans le top 30 il y a seulement trois villes européennes. Paris est à la 21e place avec 9,8 millions d’habitants. Istanbul, 9,7 m. Londres, 8,5 m. Parmi les dix premières villes les plus peuplées, plus de la moitié sont en Asie. La seule Tokyo compte le double d’habitants de toute l’Australie (20,2 m).

Disneyworld VS le Louvre

Vendredi, janvier 23rd, 2009

TOURISME. Disneyworld – le parc thématique en Floride deux fois plus grand que l’île de Manhattan – accueille chaque année 30 millions de visiteurs. Alors que le Louvre, un des musées plus visités au monde, attire à peine à 9 millions.

Contre l’architecture

Vendredi, janvier 23rd, 2009

LIVRES. Le dernier essai de l’architecte italien Franco La Cecla, Contre l’architecture, est le genre de livre que j’adore. 115 pages, couverture monochrome et des histoires inédites.

1. La Courneuve 4000 SUD | En mars 1956, dans la banlieue nord de Paris, commence la construction d’une cité de 4000 logements. Les architectes Clément Tambuté et Henri Delacroix sont chargés du projet.

L'unité d'habitation développé par Le Corbusier

Les 4000 de La Courneuve sont construits en béton et selon les techniques les plus performantes de l’époque, à savoir le béton coulé sur place, l’utilisation du chemin de grue et les coffrages en tunnel. Le principe de la technique dite « du chemin de grue », permettant de réaliser de façon rationnelle de longues barres ponctuées de quelques tours, consiste à utiliser une voie ferrée sur laquelle roule la grue qui élève les composants et disposant ainsi, de part et d’autre de son « chemin », plusieurs immeubles rectilignes. La logique industrielle de la réalisation des 4000 est typique du taylorisme appliqué au secteur du bâtiment : répétition du travail et spécialisation des tâches organisées selon un planning très strict. Les façades des barres des 4000 illustrent parfaitement ce principe. Chaque façade est constituée de panneaux, toujours le même, dans lequel est insérée, à chaque fois, la même fenêtre coulissante. L’apparente variation de couleur consiste à inverser les panneaux, la couleur une fois à gauche, une fois à droite. Extrait de tourisme93.com

Depuis des années cette cité est victime de la criminalité, de l’isolement et de l’indifférence des institutions. L’anthropologue Alessia De Biase recueille les histoires des gens que habitent la cité. Pour comprendre comment sortir de l’anonymat – de la faillite ? – des formes architecturales et s’approprier, et domestiquer, les espaces. laacourneuve.wordpress.com

2. Le quartier dortoir . La laideur de la banlieue est liée au confinement dans l’espace domestique de la famille ouvrière, de la réduction de la vie à un théâtre d’ombres privées.

3. Renzo Piano, Columbia University et Harlem. Ou comment un architecte n’arrive pas à s’imposer face à un client trop puissant.

Contro l’architettura, Franco La Cecla | Bollati Boringhieri, 2008

Quand je suis à Châtelet, je suis à Châtelet

Jeudi, janvier 22nd, 2009


METRO. Assis dans un wagon de la ligne 5 – ma ligne – je me suis posé la question suivante: dans quelle mesure je suis conscient d’être sous la place de la République quand j’y passe en métro ? Et, en marchant vite pour les couloirs d’une station – blanche et carrelée comme toutes les autres stations parisiennes -, je me rends compte de la matérialité des objets, des affiches, des murs qui m’entourent?

Le métro (…) n’est pas un non-lieu, pour moi en tout cas, ni pour ceux qui y font régulièrement le même trajet. Ils y ont des souvenirs, des habitudes, y reconnaissent quelques visages et entretiennent avec l’espace de certaines stations une sorte d’intimité corporelle mesurable au rythme de la descente dans la volée d’escaliers, à la précision du geste qui introduit le ticket dans la fente du portillon d’accès ou l’accélération de la marche quand se devine à l’oreille l’arrivé de la rame au bord du quai“.

Extrait de Le métro revisité, Marc Augé.