La trentaine dépressive
Posted on October 19, 2009
Filed under Une certaine tendance du cinéma français and tagged Anna Karina, Chiara Mastroianni, Christophe Honoré, cinéma, femme, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Nouvelle Vague, qualité française, trentenaire
J’inaugure ma première catégorie en usurpant le titre d’un des textes fondateurs de la Nouvelle Vague. Seulement, voilà, je crois qu’il s’impose. François Truffaut déplorait, en 1954, le manque de vérité du cinéma de Marcel Carné, d’Henri-Georges Clouzot ou de Georges Lautner et des dialogues signés, Aurenche, Bost, Prévert ou encore Audiard. Je désigne aujourd’hui, (sans pour autant comparer ce billet au manifeste de Truffaut) un cinéma français qui étouffe sous des poncifs asceptisés. Une jolie trentenaire seule et angoissée de l’être, des questions existentielles autour de l’amour, de la solitude, de la réussite. Bref, une tragédienne moderne et poussiéreuse à la fois qui se complaît dans sa cage dorée.
Christophe Honoré est à mon sens, un des meilleurs cinéastes de sa génération. Ma Mère (2004) était simple et beau, Dans Paris (2006) était nouveau, Les Chansons d’Amour (2007) surprenant.

Affiche du dernier film de Christophe Honoré
Non, ma fille tu n’iras pas danser est à l’image de son titre, trop long et méandreux. Le “Vivez libre” placé en exergue sur l’affiche est une promesse vaine. Léna (Chiara Mastroianni) est une infirmière qui a quitté travail et mari volage pour refaire sa vie avec ses enfants. Perdue et dépassée, elle ne peut se résoudre à faire un choix entre sa liberté et le bonheur des siens.
Christophe Honoré fait de Léna un personnage-type sans nuance, une femme qui fuit vers les regrets et qui finit par faire ses cartons sur une bande originale aussi inutilement larmoyante que fade (Another World d’Anthony & the Johnsons). Divers symboles se succèdent qui se veulent tellement lourds qu’ils en deviennent insignifiants (l’oiseau mort étouffé dans un sac, ou la légende de la jeune Katell, racontée par le fils de Léna, qui finit par mourir d’épuisement à vouloir trop danser avec tous les hommes du village).
“Vivez libre”, nous dit-on, mais que nous montre-t-on ? Trois femmes déçues par l’amour, dépassées par la maternité et n’ayant que leurs dépressions chroniques pour remplir le vide sur lequel elles se lamentent.
Et bien, la voilà cette certaine tendance du cinéma français: un cinéma nombriliste qui s’amuse à chercher le sens caché des mots, qui parle de douleurs humaines par métaphores et questions rhétoriques. A se demander si les scénaristes de ce genre de film, ne vivent pas toute leur vie enfermés dans des studios, revisitant à eux-seuls, l’allégorie de la Caverne.
Le virus de la crise existentielle qui fait la qualité française du cinéma contamine les meilleurs cinéastes. Arnaud Despleschin en avait fait les frais dans Rois et Reine (2004), Claude Berri, jusqu’à L’un reste, l’autre part (2005), en avait fait sa recette habituelle.
Alors que faut-il préférer? Les trentenaire dépressives et angoissées de ne pas vivre ce qu’elles avaient jadis lu dans leurs livres d’enfant ou écrit dans leur journaux d’adolescentes? Ou des midinettes de seize ans d’âge mental, telle la Irène (Cécile de France- 2002) ou la Fanny Fontana (Marina Foïs) de J’me sens pas belle (2004)? Bon, hônnetement, je préfère m’asphyxier dans mes soupirs d’ennui que d’avoir honte d’assister aux tribulations amoureuse d’une actrice qui donnerait presque envie de retirer le droit de vote aux femmes.

Anna Karina
Je m’adresse alors à vous, réalisateurs d’aujourd’hui: n’enfermez pas de si beaux acteurs dans des personnages aussi consistants qu’une poupée gonflable, et cessez s’il-vous-plaît, de les noyer si facilement dans du collyre. Vous prétendez décrire une réalité? Mais la réalité de la femme qui n’a pas su grandir et qui pleure à l’idée de prendre le métro le matin ou de sortir sous la pluie, parce que ce n’est pas la vie de rêve qu’elle a imaginé est usante. La Angela (Anna Karina) d’Une Femme est une femme (1961) (Jean-Luc Godard) pleure car l’homme qu’elle aime ne veut pas lui faire un enfant. Elle exprime sa détresse et sa colère par un détournement d’On ne badine pas avec l’amour, et de titres de romans qui deviennent insultants et assassins, comme pour se moquer d’elle-même. C’est mouvementé, irréaliste. Mais la détresse devient poétique, féconde pour un objet de cinéma.
Je ne veux pas cantonner ce billet à la nostalgie d’une époque que je n’ai pas connue. Seulement, la prochaine fois, j’apprendrais à me priver de surprises: je lirai les synopsis-conseils de préparations, avant de passer ma soirée devant du cinéma surgelé.
Comments
2 Responses to “La trentaine dépressive”
Je suis allée voir le film en m’attendant au chef d’oeuvre que promettaient les articles élogieux sur Christophe Honoré. C’était d’ailleurs le premier de lui que je voyais. Au final : on s’ennuie, on tourne en rond. Quant à la fin, c’est à croire que le scénariste ne savait plus quoi écrire. J’ai souvent eu envie de donner des claques, quasiment à tous les personnages, sauf les enfants et peut-être Louis Garrel.
Hola, mi nombre es Sabrina y estube buscando por internet, fue entonces que encontre tu blog, el cual me gusto mucho, el cual es bastante agradable para leer. Regreso la proxima semana para leerte de nuevo. Saludos Sabrina