Sexe, jalousie et crise financière au cinéma

Posted on November 10, 2009 
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Ce titre a peu de rapports avec ce qui va suivre. Mais c’était un moyen simple et rapide d’être un peu mieux répertorié par Google.

Venons-en tout de suite au vif du sujet. Mercredi 11 novembre, jour férié, j’étais sur la brêche pour mon public. J’ai inutilement courtisé MK2 pour obtenir une interview de Serge Bromberg, conservateur de cinéma et réalisateur de l’Enfer. Mais sans succès. Pensant fermer ce blog et rendre mon tablier, une main invisible qui n’a rien d’économique (et qui se reconnaîtra, encore merci!) aide le miracle journalistique. Rendez-vous pris au cinéma le Balzac, où l’interessé (ou l’intéressant, c’est selon) présente son film.

Serge Bromberg

Serge Bromberg

l’Enfer raconte la jalousie délirante et la paranoïa d’un mari (Serge Reggiani) à l’égard de sa femme (Romy Schneider). S’en suit la destruction d’un couple dans les psychoses et les malentendus. Henri-Georges Clouzot, en 1964, n’a pas tourné depuis quatre ans. Il se remet d’une dépression, et fait son retour à une époque où la Nouvelle Vague avait déjà noyé le cinéma de la décennie précédente. Toute l’ambition de Clouzot était de révolutionner la narration cinématographique en matérialisant un état psychique par  l’image. Les situations réelles filmées en noir & blanc laissent place aux délires du mari, en couleurs et en images surréalistes.

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C’est l’histoire d’un film maudit. Pourtant, la production devant les yeux pailletés de Romy Schneider avaient immédiatement déclaré “budget illimité”. Mais le scénario remis en question par son auteur, les tensions au sein de l’équipe, les acteurs qui désertent le plateau et l’infarctus du réalisateur viennent définitivement clore l’aventure. Pour Serge Bromberg, l’Enfer est d’abord l’histoire d’une « blague » avec ses collègues de Lobster Films sa maison de production: “Je parlais souvent de l’Enfer, alors on s’est dit qu’on allait appeler les Archives françaises du film. Durée de la recherche, 34 secondes.” La veuve de Clouzot, Inès aura pourtant eu du mal à lui lâcher les bobines. Il aura fallu qu’ils restent tous les deux bloqués, pendant une heure, dans son ascenseur, pour que le plaidoyer du réalisateur fonctionne.

Serge Bromberg préfère insister : « On a fait un long-métrage autour de l’aventure de Clouzot, mais ce n’est surtout pas la manière dont il l’aurait monté. On a fait un vrai film, pas un documentaire. » Et lorsqu’on lui demande ce qu’il pense du film qu’en avait fait Claude Chabrol, à partir du scénario original, il répond, avec une moue pleine de dédain: “C’est rien, un navet”. Inès Clouzot avait elle-même déclaré dans le Libération du mardi 10 novembre avoir “regretté” la cession des droits du scénario à Chabrol, pour un résultat qu’elle a qualifié de “massacre”. C’est vrai que des Biches aux Noces rouges, Chabrol n’a jamais vraiment su exploiter le thème de la jalousie, comme s’il cantonnait cela à un exercice commercial, à une farce. Nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir dans un prochain billet.

Cet amoureux du cinéma a réalisé ce  «geste artistique» à partir de bobines non montées et sans son. Pour le compléter il a fait appel à des acteurs, Bérénice Bejo et Jacques Gamblin : «  On a rencontré plein d’acteurs, il y en a même un qui m’a dit un truc terrible :‘Je comprends bien ce que je vais vous apporter mais je ne comprends pas ce que vous allez m’apporter.’ Je ne citerai pas de nom.  J’ai payé son café et je me suis barré. Bérénice et Jacques m’ont choisi. Des acteurs qui prennent ce genre de risque, c’est génial  Ils ont demandé à avoir le scénario entre les mains, tout le temps, pour bien montrer qu’ils ne se prenaient pas pour Romy Schneider et Serge Reggiani. » se rappelle le réalisateur. Sur le départ, entre deux poignées de main, et des embrassades, il confie : « On sort en miettes de ce genre d’expérience. J’ai l’impression d’être un alpiniste qui est arrivé en haut de l’Everest et qui se dit : ‘Bon…Et maintenant ?’ J’ai trois, quatre idées de projets, mais il n’y en a aucune qui tient la route à côté de ce que je viens de faire ».

Un documentaire sur un film de Clouzot, cela s’annonçait, pour moi, aussi frustrant qu’une bande annonce. Mais la curiosité l’emporte. Il est important de savoir à quel point un échec peut être brillant parfois. Visconti considérait Ludwig comme un échec, alors que c’est l’un de ses plus beaux films. Dans l’Enfer, la fiction a rejoint la réalité, puis le documentaire. Il est le portrait de ces cinéastes, esthètes jusqu’au bout de la caméra,  qui voient comme du papier mâché, de véritables pièces de musées. Lorsque l’on voit Romy Schneider rejeter de la fumée de cigarette, en déshabillant le spectateur du regard, on aurait envie qu’Henri-Georges Clouzot soit encore vivant pour lui dire qu’il a été stupide de ne pas avoir été assez sûr de lui et de son talent.

Profession Reporter, le seul blog au monde qui vous donne l’occasion de conclure avec Romy Schneider:

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