Quand la mère monte

C’est un total hasard de calendrier si je débrousaille ce blog en cette journée de la femme. Et je vais vous le prouver en vous parlant de la mère.

Vous l’avez sans doute remarqué, vous aussi, le soir des Césars, ce n’est pas seulement le triomphe d’un espoir féminin ou masculin (qui peut AUSSI être “meilleur acteur”désormais, mais ça c’est une autre histoire) c’est surtout la consécration de maman. Si aucun ou si peu d’acteurs sont fichus de penser à leur père, ou ne pensent qu’à remercier la vie et l’amour, la mère reste tout de même la cible numéro un des greetings made in France.

Reines des cérémonies, la mère “digne” pour reprendre, à contre-sens, le concept de maman Badinter, est aussi une mode. Là ou la mère française de la Nouvelle Vague était d’abord une femme, cherchant à oublier le poids de la maternité dans la séduction voire dans le libertinage, la maman d’aujourd’hui est avant tout une ménagère de moins de cinquante ans, une mère dévouée aliénée, au mieux effacée, au pire dépressive, bref une femme dénuée de féminité, chiante aussi bien pour ses enfants fictionnels que pour son public. Récemment, il a fallu des réalisateurs comme Christophe Honoré pour avoir l’audace d’adapter Bataille et donner le très déroutant “Ma mère”.

Mais plus récemment encore, il y a eu “Mother”. Ce film coréen de Joon-Ho-Bong, qui non seulement a osé crée une nouvelle image de la mère cinématographique, mais a brisé les codes de la représentation de la famille coréenne. La mère (Kim Hie-Ya) est anonyme et célibataire, elle est “la mère” et rien d’autre, les simples éléments biographiques qui sont donnés d’elle, tournent autour de la vie de son fils, Doo-Joon (Won Bin), un grand dadais un peu simple d’esprit, qui se retrouve un jour, accusé de meurtre. Le cliché arrive à grand pas, se dit-on, le combat effréné d’une alter-ego asiatique de Betty Mahmoody, qui vous tirerait la larme des yeux à la ventouse s’il le fallait…

Mother

Kim Hie-ya - Mother-

Non, “Mother” protège son grand fils, jusqu’à dormir à ses côtés toutes les nuits, mais rêve, pourtant, de fuir cette maternité carcérale, par le suicide autrefois, par des médecines occultes, aujourd’hui. “Mother” est une nouvelle pietà qui fuit en avant vers le véritable coupable du meurtre, et débarasse de ses toiles d’araignées, l’image si commune et polissée de la mère-courage. L’épreuve que le hasard lui impose, lui permet de crier, d’enfreindre, tout ce qu’elle a toujours interdit à son enfant, Elle qui restait cantonnée derrière une vitre pour échanger avec son fils, se cogne enfin aux autres, dès lors que commence sa propre enquête-introspection. Avec la compréhension, viennent la fuite du présent et des souvenirs, l’oubli, la libération, qui repousse la caméra hors-champs. “Mother” deviendra une femme d’extérieur, et ne sera filmée que de cette manière, durant les dernières secondes du film.

Là où le rôle de parent peut encore nous surprendre, du moins au cinéma, n’est donc sûrement pas à un chevet ou à un téléphone. Joo Ho Bong en a dressé un autre portrait: une maternité qui s’assume, tout en revendiquant une certaine idée de la liberté (deux idées difficiles à rapprocher dans la conception occidentale de la mère). Une passion qui se vit jusqu’à la folie : une danse incongrue au milieu d’un champs, scène d’ouverture d’un film sur une révolution passionnelle.