Quand la Journée de la femme s’émancipe des grandes manifestations urbaines et touche pour la première fois un village de la grande banlieue de Delhi, les reporters du CFJ sont là.(photo Jean-Charles Barès)
« Azadi ! » (Liberté !) Au rythme du dholak, le tambour traditionnel indien, les femmes reprennent en chœur le même refrain. A Najafgarh, une zone rurale aux portes de New Delhi, elles sont des dizaines de tous les âges à célébrer, le 8 mars, la Journée de la femme.
Dans ce centre de Apne aap women’s worldwide, une ONG qui milite pour les droits des indiennes, l’heure est à la fête et à la danse. « On a voulu inviter les femmes marginalisées des villages alentours, explique Tarique Anwar, un responsable de l’organisation. Depuis l’ouverture du centre en octobre dernier, elles n’osaient pas trop se manifester.» Aujourd’hui, elles ont répondu présentes. Cette Journée est l’occasion de leur offrir un moment de joie, elles dont les vies sont rythmées par la dureté des taches quotidiennes.
Elles portent le lhenga, la jupe colorée des paysannes du Nord de l’Inde. Rares sont celles qui savent lire ou écrire. Beaucoup sont des Dalits (Intouchables), les exclus du système social hindou. Une communauté hors-caste, qui reste victime de nombreuses discriminations en Inde. Mais ici, il n’est plus question d’évoquer les différences, et les femmes s’assoient en tailleur, côte à côte. »On s’entraide beaucoup entre nous », explique Rani, 42 ans, entourée de ses amies.
« Aujourd’hui je suis fière ! » (Lila, 72 ans)
Dans l’assemblée, les regards amusés des anciennes se portent vers celles qui se sont levées pour danser. « C’est notre jour de liberté ! », clame Rani. Toutes célèbrent la journée de la femme pour la première fois. « Avant on ne pensait même pas à fêter cet évènement. » Pour ces femmes des campagnes, le système patriarcal les exclue souvent d’un accès à l’éducation, à l’emploi et à la vie sociale.
En rangs serrés, deux équipes se font face. Les jeunes jouent au Kabaddi, un sport populaire en Inde, mais inaccessible à une grande majorité de femmes. « Dès qu’elles se rencontrent, une solidarité naît, explique Ruchira Gupta, présidente d’Apne aap women’s worldwide. Elles prennent conscience de l’inégalité profonde qui régit la société indienne ».
La retenue des débuts laisse place à l’effervescence, bientôt les ainées se joignent à la ronde. Ruchira Gupta glisse avec le sourire: « Une femme m’a confié qu’elle ne s’était pas autant amusée depuis l’école ! »
Pour Lila Vati, 72 ans, la vie se résume depuis toujours à son village et sa maison, où elle reste souvent confinée. « Mais qu’importe, aujourd’hui je suis fière ! », s’exclame-t-elle. Les bras en l’air, elle agite l’odhani, le voile rose qui lui couvre les cheveux. Rayonnante, elle ne cache pas son plaisir de célébrer enfin cette journée. « L’année prochaine, je reviens avec le village entire.”
Jean-Charles BARES (avec Romain BERGOGNE)

