Ludo, clown anti-crise

Par François Daireaux. Nous sommes fin novembre, en session portrait animée par Patrice Trapier, du JDD. François a dûment harcelé la famille du joueur et tout le monde du football hexagonal pour réaliser ce portrait de Ludovic Giuly, le lutin du Parc des Princes… 

 

Arbres nus, mornes, d’une forêt de Saint-Germain-en-Laye qui inspire tristesse et mélancolie. À leurs pieds, un tapis de feuilles mortes et des flaques d’eau gelées. L’air ? Froid, comme en automne, période traditionnellement synonyme de difficultés pour le Paris-Saint-Germain, Mais, aujourd’hui, au-dessus du Camp des Loges, son centre d’entraînement, aucun nuage. Cette année, le club de la capitale ne connaît pas de crise de novembre.

Le PSG vient de battre Lyon. Troisième victoire consécutive en championnat. Troisième victoire contre un cador (après Bordeaux et Marseille). Troisième but en trois matchs de Ludovic Giuly. Trop de trois ? Un coup de chance ?

 

Giuly présenté à la presse au Parc des Princes

Giuly présenté à la presse au Parc des Princes

De la chance, il en faut, certes. Ludovic Giuly, justement, le sait bien, lui qui a été repéré en 1994 par Jean Tigana, alors entraîneur de l’Olympique lyonnais, lors d’un match entre les pros et la CFA où il remplaçait par hasard un joueur de CFA. Mais sa cinquième place en Ligue 1, le PSG ne la doit pas qu’à la chance, mais aussi, ou surtout, aux deux principales recrues de Charles Villeneuve.

Ludovic Giuly, 32 ans, et Claude Makelele, 35 ans, ne sont pas ceux qui courent le plus à l’entraînement. Mais c’est l’esprit d’équipe, ils ont de l’influence. « Make replace sur le terrain et Ludo met l’ambiance », explique Dominique Giuly, le père du milieu offensif parisien. « Il a révolutionné le vestiaire », confirme, emphatique, Jean-Paul, l’oncle de Ludovic. L’an passé, les mauvais résultats avaient divisé l’équipe. Make et Ludo ont recadré le groupe. Ludo lui a donné une seconde vie, en lui insufflant son enthousiasme et sa bonne humeur.

Il a par exemple ramené sa sono pour animer le vestiaire. Récemment, il a piqué la voiture d’un coéquipier. Un amuseur de vestiaire, donc. Un clown. Toujours en train de rire. À 13 ans, ses camarades du centre de formation lyonnais, où il est entré à l’âge de 11 ans, lui décernent la coupe du meilleur partenaire. Mais « il ne se prend pas au sérieux », assure Pierre Orlac’h, rédacteur en chef du site Lesdessousdusport.fr, avec qui il a écrit son autobiographie*.

 

Bernard Lacombe : « Qu’est-ce que tu fais là ? »

Ceci étant, sérieux, il l’a été. Ou plutôt consciencieux. Persévérant. Ludovic Giuly s’est donné les moyens de ses ambitions : « le premier arrivé, le dernier parti », raconte son oncle. Il faisait partie des deux ou trois joueurs qui restaient après l’entraînement. Les soirées en boîte, il n’y avait jamais goûté avant d’arriver à Monaco à l’hiver 1997, recruté par Jean Tigana. « Il ne fait la bringue que quatre fois dans l’année », précise son père.

Bien sûr, il avait du talent, des qualités techniques et une vitesse étonnante. Selon son oncle, en poussin (10-11 ans), « il marquait une centaine de buts par an ». Mais il n’a jamais été dans les sélections nationales de jeunes. Et au centre de formation, Ludovic n’était qu’en équipe 2 lorsque Jean Tigana le repère. Sa taille, 1m64, jouait en sa défaveur.

Fin 1994, celui-ci le convoque pour un stage hivernal avec les pros. Dans le car, Bernard Lacombe, directeur sportif de l’OL, interpelle ce lutin : « Qu’est-ce que tu fais là ? ». La décision de Tigana ne fait pas encore l’unanimité, mais il persiste et signe : Ludovic joue son premier match en Division 1 le 21 janvier 1995 face à Cannes. Il explose en 1996/1997, joue tous les matchs de la saison et marque 16 buts.

Ludovic a convaincu par son talent et son travail. Et par une envie viscérale de jouer au football, de devenir professionnel et réaliser le rêve de son père, ancien gardien de but resté semi-professionnel car il n’était « pas assez sérieux ». Armand Garrido, son entraîneur en 15, 16 et 17 ans, se souvient de cette envie : « Il grimpait sur le dos des autres pour attraper les ballons ! »

 

« Il peut monter aux arbres »

Aujourd’hui, le voilà monté à Paris, un des clubs dont il rêvait gamin. Son amour pour le football l’y conduit, plus que l’appât du gain. Mais il a aussi accepté l’offre du PSG après une année à Rome mitigée, pas tant sur le terrain qu’en dehors. Un des plus beaux palmarès du football français a donc débarqué dans la capitale. Au FC Barcelone, il a été champion d’Espagne en 2005 et 2006 et a gagné la Ligue des champions en 2006, après avoir offert à son équipe la qualification pour la finale. Avec l’AS Rome, en 2008, il a remporté la Coupe d’Italie.

Pas étonnant que Little big man se soit imposé comme leader. D’autant que, jeune déjà, « c’était un meneur », selon Armand Garrido, qui « transmettait son enthousiasme aux autres ». À Monaco, en 2003/2004, Didier Deschamps fait d’ailleurs de lui son capitaine. Après deux saisons de galères, Ludovic Giuly retrouve alors confiance et emmène son équipe jusqu’en finale de Ligue des champions en éliminant le Real Madrid et Chelsea.

 

Raymond et Ludo ne passeront pas leurs vacances ensemble

Raymond et Ludo ne passeront pas leurs vacances ensemble

Une ombre cependant plane sur sa carrière. « Il est très patriote », note son oncle, mais n’a pu le montrer que 17 fois en équipe de France. En 2004, il manque l’Euro sur blessure. En 2006, Raymond Domenech l’écarte de la Coupe du monde malgré sa belle saison avec Barcelone. Une sombre histoire d’échange de SMS avec Estelle Denis, journaliste et compagne du sélectionneur.

Ludovic a vécu cette situation comme une injustice. L’homme fonctionne beaucoup à l’affectif. Il a accepté l’offre du PSG parce qu’il « [se] sent[ait] désiré »« C’est un très bon joueur, et si vous lui donnez votre confiance, il est capable de monter aux arbres », assure son père. La confiance qu’il reçoit, Ludovic Giuly sait s’en souvenir. Il continue d’appeler régulièrement son mentor, Jean Tigana. Il garde contact avec Armand Garrido, qu’il a invité avec son épouse à Barcelone et à qui il a offert son premier maillot de l’équipe de France. Il n’oublie pas non plus sa famille. À ses parents, il offre une maison avec l’argent de son premier contrat pro. Sa relation reste très forte avec son père, qui « n’était pas son idole, mais pas loin », précise son oncle.

Armand Garrido résume : « Je ne peux pas dire de mal de Ludo. Plein de joueurs s’en vont en oubliant même de dire au revoir. Lui n’a pas oublié. »

 

* Giuly par Giuly, Hugo & Cie, 15 euros

 

En bonus, les buts de Ludo !

 

 

 

Les dates essentielles

            10 juillet 1976 : naissance à Lyon

            21 janvier 1995 : premier match de Division 1 avec Lyon face à l’AS Cannes (3-1)

            1998 : transfert à l’AS Monaco pour 42 millions de francs (6,4 millions d’euros)

            14 mai 2006 : il n’est pas retenu pour jouer la Coupe du monde avec l’équipe de France

            17 mai 2006 : victoire en Ligue des Champions avec le FC Barcelone face à Arsenal (2-1)

            21 juillet 2008 : transfert au Paris-Saint-Germain

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