Le cas de confiance de la presse
Les journaux, les Français les achètent de moins et moins, et pire, leur contenu leur inspire de plus en plus de méfiance. Selon le sondage annuel La Croix/TNS Sofres, presque la moitié des lecteurs (42%) considèrent que les choses ne se déroulent “pas vraiment” comme les organes de presse les racontent. Seuls 46% estiment que la narration est “à peu près” ou “vraiment” fidèle aux événements. La majorité de confiance repose sur quatre malheureux petits points…

L'évolution de la crédibilité des journaux depuis 1987 - La Croix
A l’évidence, restaurer la confiance du public est l’un des enjeux majeurs. Comment? Et si une charte de déontologie pouvait instaurer un meilleur climat… Une première version d’une charte a vu le jour sous le plume du groupe présidé par Bruno Frappat lors des Etats généraux de la presse. L’ébauche de la charte, dont le statut n’est pas encore défini mais qui pourrait être une annexe aux conventions collectives, comporte quatre axes : le métier de journaliste, le recueil et traitement de l’information, la protection et le respect des personnes, enfin l’indépendance du journaliste.
Lors de la conférence, ce matin, de nombreux orateurs ont énoncé des objections quant à l’intérêt d’une telle charte, au motif qu’elle serait plus un texte social sur les relations entre employeurs et employés qu’un moyen de redonner confiance au public. « Si ce texte n’est qu’une annexe à la convention politique, cela résoudra le problème des employeurs avec les employés mais pas le problème du public. Où est le 3ème interlocuteur ? » déclarait Jacques Morandat, directeur de la Fédération française des agences de presse (FFAP).
Patrick Eveno, historien des médias, propose une solution : « Le public a besoin d’instances d’intermédiation. Il faudrait un conseil de presse avec des représentants du public ». C’est déjà le cas en Grande-Bretagne, où un code qui n’a rien à voir avec les relations employeurs/employés existe. Ce code est mis à jour tous les ans grâce à des suggestions des lecteurs, des journalistes, de quiconque veut bien en formuler.
La charte de déontologie française pourrait être mort-née si elle n’implique pas le public, car elle ne présenterait aucun intérêt pour les patrons de presse. C’est l’avis de Jérôme Bouvier, l’organisateur des Assises : « La charte ne peut pas seulement discutée par les employeurs et les salariés sur le plan social, sinon nous n’amènerons pas les employeurs à la table des négociations ». Journaliste à France 2, représentante du Syndicat national des journalistes (SNJ), Dominique Pradalié considère que le temps presse : « Si on rate ce rendez vous avec le public on peut dire adieu a la profession. »
Agathe Chaigne et Lisa Louis
