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L’aventure au coin de la rue

06/10/2009

Les rédactions réduisent leurs coûts. La mort du grand reportage classique et cher est-elle imminente? Non, disent les grands reporters eux-mêmes, car l’aventure journalistique est aussi au coin de la rue.

Jean-Marie Dupont, Vladimir Vasak et Jean-Claude Kiefer

Jean-Marie Dupont, Vladimir Vasak et Jean-Claude Kiefer

« Tintin n’est peut-être plus de votre génération« , lance Jean-Claude Kiefer à son public, une centaine de lycéens strasbourgeois. Cet éditorialiste et ancien grand reporter au quotidien Dernières nouvelles d’alsace poursuit : « mais ses aventures montrent comment se déroulaient les grands reportages autrefois. On voyageait pendant deux mois en paquebot pour arriver en Chine, en faisant escale au Vietnam ou ailleurs. Un an plus tard, le journaliste était de retour pour écrire l’article« , souligne-t-il.

Avec le développement du trafic aérien, les journalistes pressés ont cédé leur place sur les paquebots aux vacanciers détendus et ils ont rempli les avions. Pendant des décennies, à chaque événement, à peine la dépêche tombée, des cohortes de reporters de presse écrite, radio et télévision, étaient projetés au bout du monde. L’époque bénie du grand reportage de masse.

Epoque révolue. De moins en moins de journalistes profitent désormais de cette mobilité ; car la crise de la presse force les rédactions à réduire leurs coûts. « Un des premiers points d’attaque pour les mesures de rationalisation est le budget du grand reportage« , souligne Vladimir Vasak, journaliste à Arte et animateur du débat. Pour des reportages dans des pays comme l’Afghanistan ce budget s’élève souvent jusqu’à 3000 euros par jour. Le journaliste doit payer des guides, des interprètes et des fixeurs qui trouvent les bons contacts sur place. S’y ajoute une assurance qui coûte cher pour les pays à risque et parfois des bakchichs.

Va-t-on donc vers la mort du grand reportage ? Non, estiment les journalistes sur le plateau. « En effet, les thèmes ne se trouvent pas seulement à l’autre bout de monde mais aussi au coin de la rue« , raisonne Vladimir Vasak. « Un reportage sur un sujet local a parfois même plus de mérite qu’un récit à l’autre bout du monde. Car le journaliste s’expose beaucoup plus à la critique de ses compatriotes qui connaissent le terrain et arrivent à discerner plus facilement ce que le reporter n’a pas vu. »

Reste à savoir si, au coin de la rue, le journaliste trouvera le Lotus bleu.

Lisa Louis

Categories: Compte-rendu Tags:
  1. kerou
    09/10/2009 à 15:38 | #1

    Une vie à courir le monde pour expliquer aux suivants que, finalement, l’aventure est au coin de la rue et que ça a même encore plus de mérite…

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