Le live blogging pour raconter le procès autrement
10 h 24 : Véronique Astorg est appelée à la barre. Elle tient un magasin de vêtements pour enfants dans l’Hérault. Elle a connu Véronique Courjault en Corée de 2002 à 2004. 10 h 26 : Elle précise que c’était une femme agréable, une bonne mère et une bonne épouse. 10 h 28 : Véronique Astorg retrouvait Véronique Courjault pour faire des sorties, pour visiter Séoul. 10 h 29 : Véronique Astorg précise qu’elle n’a pas remarqué de mélancolie…
On appelle ça le « live blogging » il y a un peu plus d’un an en juin 2009, deux journalistes de La Nouvelle République de Tours l’ont utilisé en couvrant le procès de Véronique Courjault accusé d’avoir tué trois bébés qu’elle avait mis au monde, retrouvés dans un congélateur. A leurs chroniques habituelles s’ajoute le récit minuté des témoignages entendus à la barre pendant plus d’une semaine. A peine entendus, ces instantanés d’audience se retrouvent sur Internet.
Le journalisme immédiat vient de faire son entrée dans les prétoires français. Avec Twitter, s’installe une nouvelle manière de raconter les audiences. Clearstream, Kerviel… n’échapperont pas à la nouvelle mode du procès en direct.
Mais est-ce légal ?
Sur son blog, Maître Eolas, avocat à Paris, répond par l’affirmative. « Ce que la loi interdit, c’est de fixer une image ou un son. L’écrit, et le tweet est un écrit, n’est pas concerné, il est même couvert par la liberté d’informer. »
Problème : tweeter suppose d’avoir un téléphone allumé. Or, ces mêmes téléphones doivent, en théorie, rester éteints pendant les audiences. Éteints pour « prévenir les sonneries intempestives et la tentation de retransmettre le son d’une audience », précise Maître Eolas. Un téléphone utilisé pour écrire et n’émettant pas de son serait donc admis.
Maintenant, est-ce pertinent ?
Pour Matthieu Aron, rédacteur en chef du service Police-Justice de France Info, le « live blogging » a de l’avenir. « Au début, je trouvais ça délirant voire pas très intéressant. Mais en tentant l’expérience, j’ai réalisé que je racontais plus de choses. »
Au procès Kerviel, le journaliste publiait un résumé de quelques lignes toutes les 50 minutes. « Une fois les acteurs de l’affaire, leurs avocats et les journalistes installés, il n’y avait plus de place pour le public. Raconter l’audience en live, c’était une manière de la rendre réellement publique. »
Mais Matthieu Aron tempère. « On peut faire des choses bien mais ça demande des moyens. La même personne ne peut pas faire un live costaud et produire un compte rendu qui tient la route sur des procès qui s’étirent sur des semaines et des semaines. »
« Ça ne me fait pas hurler »
La présomption d’innocence aidant, on aurait pu s’attendre a un accueil nettement moins enthousiaste des magistrats et avocats… En fait, le « live blogging » inquiète peu voire indiffère les professionnels de justice. « Cette manière de rendre compte n’a pas d’impact sur la machine judiciaire et le déroulement des procès », estime Philippe Bilger, avocat général près la Cour d’appel de Paris et par ailleurs blogueur. « Je suis plutôt pour la transparence. Le live blogging ne me fait pas hurler », témoigne Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature.
Selon Antonin Lévy, avocat au barreau de New-York, le live blogging est même un progrès. « Quand on ressort une phrase de son contexte, il y a nécessairement déformation. Mais il faut arrêter avec cette hypocrisie. Le live blogging ce n’est pas la panacée mais pour une question de transparence de la justice, c’est mieux que rien. »

