C'est pas ma faute, je suis franco-américaine

L’art d’être en retard et de s’en vouloir

29 janvier 2010 · 5 commentaires

J’ai de nombreux défauts, mais l’un d’eux est typiquement latin, voire français: je ne suis pas très ponctuelle. On peut même dire sans exagération que je suis pathologiquement en retard.

La gravité des symptômes dépend du cadre, professionnel ou personnel. J’ai cours à 9h? J’arrive généralement autour de 9h05. J’ai rendez-vous avec mon amoureux à 20h? Eh bien, c’est l’heure à laquelle je me mets en route. Dans les deux cas, c’est désespérant. Sans doute est-ce lié à ma grande force de procrastination?

La ponctualité est une bataille qui m’épuise au quotidien. Faire attendre les gens, ça m’angoisse. Je ne choisis pas d’être en retard, mais j’ai systématiquement du mal à décoller de chez moi, et à évaluer de façon réaliste la durée d’un trajet. Alors je tente de gagner du temps en courant après le bus, le métro, en traversant les rues n’importe comment… Rien n’y fait, j’arrive toujours avec du retard, une petite perle de sueur au front et une excuse minable en tête. “Une panne dans le métro”, “pas de station vélib de libre”, “panne de réveil”, “j’étais avec ma mère au téléphone”: pas question d’admettre que je suis tout simplement “flaky” (pas fiable). Car je suis tout sauf j’m'en-foutiste, et – c’est sûrement mon côté anglosaxon – je me maudis à chaque retard.

Alors, sois à l’heure ! me diriez-vous. Et pourtant… habituée au “quart d’heure français” de retard, mon cerveau est comme culturellement rétif à l’idée d’être ponctuelle: pourquoi se presser quand on sait par avance que tout le monde arrivera en retard, et que le début de la réunion / du cours sera décalé en conséquence? Ce raisonnement hyper individualiste prévaut chaque jour parmi mes collègues journalistes, si bien que les profs semblent tous s’être résignés à officiellement commencer leur cours à 9h15 au lieu de 9h.

Le même raisonnement sévit quand je suis invitée chez des amis, mais de façon encore plus perverse, si bien que j’arrive généralement aux soirées et dîners informels plus d’une heure après l’heure convenue. Petite plongée dans mon étrange cerveau:

  • Je suis invitée pour 20h30: si les hôtes sont français, je me dis que, raisonnablement, ils ne seront pas eux-mêmes prêts à l’heure convenue (j’ai personnellement une hantise des invités trop ponctuels, qui débarquent alors que j’ai encore les cheveux humides). Alors je prévois d’arriver à 20h45.
  • Sauf que j’ai moi-même beaucoup de mal à être prête à temps, alors je ne décolle de chez moi qu’à…. 20h45, quand mon retard devient vraiment ridicule et que je dois me rendre à l’évidence: pars, bon sang, pars!!
  • J’ai beau courir dans le métro et envoyer un texto d’excuses, je fulmine durant tout le trajet. Contre moi-même ET contre la vétusté de la ligne 13, qui s’arrête régulièrement et allonge encore la durée de mon retard.

Dernier exemple: aujourd’hui, Hillary Clinton est de visite à Paris. Avec le CFJ, on avait l’opportunité d’assister à son allocution à l’Ecole Militaire, à 15h. Pourquoi donc suis-je en train de mettre à jour mon blog au même moment? Pour oublier mon dépit: les places étaient limitées, et je ne me suis pas inscrite à temps. A la bourre, toujours!

Et toi, ami lecteur, quel retardataire es-tu? D’après le psychothérapeute Jacques Fradin, il en existe plusieurs types: l’hyper-actif, le rebelle, le déprimé, le désorganisé et l’anxieux, dernière catégorie à laquelle je semble appartenir:

Ces derniers n’ont parfois aucune notion du temps. Celui-ci peut leur paraître interminable ou au contraire passer si vite qu’ils ne le perçoivent pas. Ils sont de bonne foi et ont vraiment du mal à évaluer la durée d’une tâche. Ils sont souvent perturbés.

Voyez, c’est le psy qui le dit: c’est pas de ma faute, je suis perturbée!

Catégories : Double nationalité = double personnalité



5 responses so far ↓

  •   Fanfan // jan 29th 2010 at 15:49

    Remarque rapide (ben oui, je suis en retard, là) : ne pas confondre “français” et “parisiens” …

    Même si je reconnais que la tendance à être en retard est probablement partagée par de nombreux Français (sauf les Alsaciens-Lorrains, of course), elle n’atteint pas en province les sommets d’impolitesse des Parisiens !

  •   Natalie // jan 29th 2010 at 16:16

    Oui c’est sûr, je le remarque particulièrement quand je vais dans un cinéma parisien: la moitié de la salle arrive pendant ou après les bandes-annonces, qui démarrent déjà bien après l’horaire annoncé!

  •   Juliette Rigby // jan 29th 2010 at 20:01

    Je suis aussi constamment à la bourre : pas forcément en retard au moment où j’arrive au rdv, mais je vois toujours le temps de préparation trop juste, surtout le matin. Du coup, je suis tout le temps en speed…

  •   Papillote // jan 30th 2010 at 18:11

    On dirait moi ! J’exaspère tous mes amis, mais je ne fais vraiment pas exprès d’être en retard. je calcule mal mon temps et je crois que la nervosité (je connaitrais beaucoup de gens ou pas à cette soirée ? vais -je réussir à m’intégrer ?) accentue mon retard. Le plus gros problème, c’est le retard au travail… je me fais souvent souffler dans les bronches par mes patrons…

  •   crys // fév 2nd 2010 at 6:04

    Pour ma part on va dire que Paris m’a appris à être en retard!
    De nature ponctuel j’apprécie particulièrement être pile poil à l’heure. En intégrant mon école parisienne il s’est avéré qu’en arrivant a l’heure à mes cours je me retrouvais la plupart du temps seul devant la salle en attendant prof et autres étudiants par conséquent j’ai vite pris le pli et dorénavant j’arrive régulièrement avec un retard de plus de 10min!

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