nov 03

Vous aurez bien compris que je n’aime pas quand les journalistes font des titres un peu sensationnels sur des sujets scientifiques. Vous aurez aussi compris que ça ne plaît pas beaucoup aux journalistes qu’on leur dise qu’ils ne comprennent rien à la science. Récit d’un combat.

D’une part, il y a les scientifiques. On a parfois l’impression que les recherches qu’ils font sont beaucoup plus énormes et compréhensibles qu’elles ne le sont. Prenons l’exemple développé dans le billet précédent. L’article original, qui détaille les recherches s’intitule : les gènes humains DAZL, DAZ et BOULE modulent la formation de cellules sexuelles primordiales et de gamètes haploïdes. Moyennement transcendant. Sur le site de l’université dont viennent les chercheurs qui publient l’étude, le titre devient “Les scientifiques transforment des cellules souches en cellules précurseur pour des ovules et des spermatozoïdes“. On a déjà franchi un pas. Prenons un autre exemple. Dans le magazine Pour la science, magazine scientifique, donc, on trouve cet article: Ardi, nouvel ancêtre de l’homme. Je ne sais pas ce que ça vous évoque, mais moi je pense tout de suite “l’ancêtre de l’homme”. Et je pense que c’est fait pour. C’est plus frappant. Peu importe que ça soit une aberration.

jumba

Pourquoi, me direz-vous, les scientifiques écrivent-ils des titres chocs plus ou moins inexacts? Je pense que c’est du au climat ambiant de la recherche. Peu de gens comprennent l’intérêt d’une recherche fondamentale. Il faut montrer que la recherche sert à quelque chose. Alors on lui colle un intérêt. Intérêt médical: modifier des cellules souches pour fabriquer des spermatozoïdes, pour lutter contre l’infertilité. Intérêt culturel: faire de la paléontologie pour savoir qui est notre ancêtre. Quand on sait à quel point il faut se battre dans la recherche pour obtenir des crédits, on comprend bien qu’il faut donner l’impression que son sujet est primordial.

De l’autre côté sont les journalistes non scientifiques. Parfois dépassés par des sujets qu’ils ne comprennent pas, embrouillés par du jargon, des termes techniques, parfois bernés par des titres un peu trop ronflants. Toutes les séries qui parlent de science à tort et à travers n’aident pas, en donnant l’impression aux gens qu”ils maîtrisent des sujets qu’ils sont en fait très loin de dominer (Entendu dans Heroes: “mon Dieu, le code génétique s’inverse!”). Ils sont parfois juste obligés de faire du sensationnel. Car la presse est aussi en crise, et il faut vendre. Aujourd’hui, le Parisien titrait: “Un nouvel espoir pour le cancer du sein”, pour un article qui développait un moyen de dépistage. J’aurais tendance à dire que c’est de la publicité mensongère.

Mais actuellement, c’est aussi une crise de confiance que traverse la presse. Et ce n’est pas en publiant n’importe quoi que la confiance reviendra.

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3 comments so far

  1. 1 vincent le bourlot
    23:11 - 11-3-2009

    yo,

    je suis activement ton blog, et je trouve ça intéressant. J’ai particulièrement suivi et apprécié le débat qui a fait suite à ton précédent post. Je crois qu’il y a effectivement matière à débat quant au traitement des nouveautés scientifiques par la presse grand public. Par contre, je trouve que tu y vas fort sur les journalistes dans ce post. Certes un blog n’est pas un journal, ce qui justifie pleinement que tu donnes ton avis personnel. Mais à mon avis, cela ne justifie pas que tu attaques l’ensemble des journalistes tels que ça peut être ressenti à la lecture du dernier paragraphe, particulièrement après le précédent post. Notamment, je trouve dommage que tu ne prennes pas plus le point de vue des journalistes non spécialistes qui ne sont pas nécessairement de mauvaise fois, et je le dis d’un point de vue scientifique également.
    J’attends un commentaire de journaliste que le débat soit (re)lancé :)

  2. 2 AgC
    23:22 - 11-3-2009

    Je n’attaque pas l’Ensemble des journalistes (avec un grand E) ni scientifiques, ni autres. C’est une facilité de langage, pour ne pas dire “certains journalistes” toutes les deux lignes. Il y a des tas de gens qui font très bien leur boulot. Je trouve juste que les journalistes devraient être spécialisés dans un domaine. C’est d’ailleurs souvent le cas, puisque beaucoup de gens en école de journalistes sortent de Sciences Po. Malheureusement peu de journalistes ont fait des études scientifiques, c’est pour ça que c’est un domaine dans lequel c’est beaucoup plus flagrant.

  3. 3 Thomas B.
    16:37 - 11-24-2009

    Bonjour,
    Comment décrire ce que je ressens.

    Tout d’abord il y a deux choses qu’il faut vraiment différencier.
    La recherche en elle même qui peut dans certain cas prendre plusieurs dizaines d’années et plus encore, les différentes étapes d’avancement de cette recherche, et la publication. Cela concerne directement les scientifiques et leur travail.
    Il y a ensuite, la vulgarisation, la communication. Et c’est un travail à part entière. Effectivement suite à de longue études sur certains thèmes il faudra relater de ce qui a été trouver, alors comment le faire?
    Et bien certain journaliste sont spécialisé là dedans et d’autre non. Des magazines comme Pour la science essaient de faire ça avec un grand sérieux, d’autres le font moins.
    Mais il ne faut jamais oublier se des faits car trop de faux espoirs peuvent être donnés.
    Alors amis scientifiques/chercheurs n’hésitez pas à demander de l’aide à des personnes compétentes pour relater de vos recherches, et amis journalistes, mettez un point d’honneur à la véracité des propos sans essayer de nous faire un truc langoureux et attractif.

    Pour ce qui est de ma part, je suis Animateur Nature et scientifique, une partie de mon travail est de faire de la vulgarisation, et c’est pas forcément facile.

    Alors essayons de travailler ensemble pour le reste de la population qui reçoit ces informations, car l’enjeu de la communication est bien là.

    Merci Agathe pour ton blog, qui peut permettre de déjouer certaines ruses “communicatives”

    Thomas

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